Quand le « manger sain » dérape et abîme le rapport à l’alimentation

Image d'illustration. regime cuisine sainADN
Manger mieux est utile pour la santé. Mais poussé à l’extrême, le « clean eating » peut glisser vers des comportements alimentaires problématiques.
En bref
- Le clean eating peut devenir obsessionnel
- Les réseaux sociaux renforcent parfois ces dérives
- Certains signes doivent alerter les proches
Chercher à manger sain n’a rien d’un problème. Le souci commence quand le « clean eating » devient un système de règles rigides, avec de la culpabilité dès qu’un aliment est jugé « mauvais ».
Le problème n’est pas l’alimentation saine, c’est l’obsession
Dans son analyse, Gemma Sharp, professeure à l’Université d’Adélaïde, rappelle qu’une alimentation nutritive peut réduire le risque de certaines maladies, notamment le diabète de type 2, les maladies cardiaques et certains cancers. Elle peut aussi aider sur le plan de la santé mentale, y compris face à la dépression.
Mais le « clean eating », lui, désigne autre chose. On parle ici de comportements centrés de façon excessive sur la « bonne » nutrition, souvent avec des restrictions et l’évitement d’aliments perçus comme impurs. Sur Instagram et TikTok, ces messages circulent beaucoup, portés surtout par des influenceurs du bien-être, pas par des professionnels de santé. Résultat, la frontière entre équilibre alimentaire et pratiques trop strictes devient plus floue.
Quand les règles prennent toute la place
Le concept n’est pas forcément nocif au départ. Il le devient quand l’alimentation se mélange à la valeur qu’on se donne, avec de l’anxiété ou un sentiment de faute au moindre écart.
La source distingue bien trois niveaux. D’abord les comportements alimentaires problématiques, qui ne remplissent pas forcément les critères cliniques d’un trouble, mais peuvent déjà nuire à la santé physique et psychologique. Cela peut passer par des repas sautés, des régimes chroniques, des crises d’hyperphagie, de l’exercice compulsif, des préoccupations d’image corporelle ou une focalisation intense sur la nourriture. Ensuite, il y a les troubles alimentaires reconnus, comme l’anorexie mentale, la boulimie, l’hyperphagie boulimique ou le trouble d’évitement et de restriction de l’ingestion alimentaire.
Et puis il y a l’orthorexie. Elle n’est pas reconnue formellement comme trouble alimentaire, mais elle est associée à cette obsession de l’alimentation saine.
Des signes concrets qui doivent alerter
Ce qui doit vous mettre la puce à l’oreille, ce sont des règles toujours plus serrées autour de la nourriture, avec des aliments classés en « bons » et « mauvais ». S’y ajoutent parfois le stress au moment de manger, l’évitement d’événements sociaux où il y a de la nourriture, ou un temps démesuré à penser, planifier et chercher des informations sur les repas.
Bref, on ne mange plus vraiment pour se nourrir ou partager. On mange sous tension.
Comment parler à un proche sans aggraver la situation
Si vous êtes inquiet pour un proche, Gemma Sharp conseille d’aborder la conversation dans un moment calme et en privé. Le plus utile est de parler de son bien-être, pas de son apparence ni de ses choix alimentaires.
Elle recommande aussi d’écouter sans juger, d’éviter les disputes autour des règles alimentaires, et d’encourager la personne à demander de l’aide à un professionnel de santé. Ce n’est pas un détail. Quand la recherche du « manger parfait » prend toute la place, c’est la relation à la nourriture, aux autres et à soi-même qui se dégrade.
