Une étude menée pendant cinq ans à La Palma relie l’exposition au volcan à davantage de toux et d’obstruction pulmonaire, surtout chez les asthmatiques.
En bref
- Plus de 1 000 habitants suivis pendant cinq ans
- Davantage de toux chez les plus exposés
- Asthmatiques et enfants fragiles plus touchés
Cinq ans après l’éruption de Tajogaite, le signal reste visible dans les examens respiratoires. À La Palma, plus de 1 000 habitants ont été suivis dans le cadre du projet Ashes, piloté par la SEPAR avec le Service Canarien de la Santé, l’IISC et la FIISC. Ce n’est pas anecdotique. C’est, selon les équipes impliquées, la plus vaste étude menée en Espagne sur les effets respiratoires d’une éruption volcanique.
Cinq ans de suivi pour mesurer l’après-volcan
Le travail ne s’est pas contenté d’observer les jours de crise. Les chercheurs ont comparé des habitants exposés et non exposés sur l’île, en incluant des adultes, des enfants de 6 à 18 ans, des personnes déjà atteintes de maladies respiratoires et des habitants très exposés autorisés à entrer dans la zone d’exclusion.
L’objectif était assez simple sur le papier, plus délicat dans la vraie vie, mesurer l’effet des gaz et des cendres à court, moyen et long terme. Résultat, on sort ici du témoignage pour entrer dans le suivi clinique et les tests diagnostiques.
Des symptômes plus fréquents quand l’exposition augmente
Sur un premier volet portant sur 474 participants, les chercheurs ont observé une hausse nette des symptômes pendant l’éruption, avec une persistance ensuite. Le point important, c’est la logique de dose-réponse : plus l’exposition était forte, plus les symptômes étaient marqués.
Dans la population la plus exposée, l’éruption est associée à jusqu’à trois fois plus de probabilité de toux et à deux fois plus d’anomalies compatibles avec un trouble obstructif pulmonaire. En gros, les voies respiratoires semblent avoir davantage souffert chez ceux qui ont le plus respiré cet air chargé en cendres et en gaz.
Les asthmatiques et certains enfants apparaissent plus fragiles
Tout le monde n’a pas réagi de la même façon. Les personnes ayant déjà des antécédents respiratoires, surtout de l’asthme, ont présenté des symptômes plus fréquents et plus durables. La toux, la congestion nasale ou le mal de gorge ont parfois continué bien après la fin de l’éruption.
Chez les plus jeunes, 188 enfants et adolescents du Valle de Aridane ont été évalués entre dix et dix-sept mois après l’événement. Là aussi, les plus exposés rapportaient davantage de symptômes. Même constat pour ceux vivant avec du tabagisme passif ou ayant déjà une fragilité respiratoire.
Une alerte utile, mais pas un verdict définitif
Les chercheurs ont quand même insisté sur un point, la prudence. L’étude montre une association entre exposition prolongée et symptômes respiratoires, mais elle ne permet pas d’affirmer que chaque trouble observé a été directement causé par le volcan, ni de dire lesquels vont disparaître ou durer.
Francisco Ferraz a salué un travail utile pour mieux comprendre les effets sanitaires d’une éruption. De son côté, David de la Rosa a estimé que des projets comme Ashes transforment une urgence en connaissance utile pour mieux protéger la population. Pour les habitants concernés, ce que ça change est concret, pas d’alarmisme, mais une vraie logique de surveillance et de suivi.