À Valence, une prise en charge du tabac intégrée à la réadaptation cardiaque obtient jusqu’à 90 % d’abstinence à six mois après un infarctus.
En bref
- 90 % d’abstinence à six mois
- 80 % encore non-fumeurs à un an
- Le temps médical reste crucial
Quand on parle d’arrêt du tabac après un infarctus, le chiffre qui accroche, c’est celui-ci : 90 % des patients suivis dans ce programme ne fumaient plus à six mois, et 80 % tenaient encore un an après. Pour un sujet où les rechutes sont fréquentes, c’est loin d’être anodin.
Des résultats bien au-dessus de ce qu’on voit d’ordinaire
L’étude a été menée par Incliva, l’Hospital Clínico Universitario de València et le CIBERCV, avec la collaboration de l’Universitat de València. Elle s’est penchée sur une intervention intégrée au programme de réadaptation cardiaque de l’hôpital.
Le point clé, c’est la comparaison. Dans les registres nationaux et européens cités par les chercheurs, autour de la moitié des patients fumeurs continuent à fumer un an après un infarctus. Ici, on est sur une tout autre échelle. Clairement, l’écart mérite qu’on s’y arrête.
Pourquoi le tabac pèse si lourd après un infarctus
Le tabagisme est présenté par l’équipe comme le facteur de risque cardiovasculaire modifiable qui ajoute le plus de risque pour faire un infarctus. Et chez quelqu’un qui en a déjà subi un, arrêter compte aussi parmi les leviers les plus importants pour éviter un nouvel épisode.
Le docteur Víctor Marcos Garcés, coordinateur de l’étude au sein du groupe de recherche en cardiopathie ischémique translationnelle d’Incliva, le dit sans détour : « arrêter de fumer est le plus important après un infarctus », même avant le contrôle du mauvais cholestérol. C’est une phrase forte, mais elle repose ici sur un enjeu très concret de prévention secondaire.
Une consultation unique, avec suivi et traitements
Depuis 2022, les cardiologues de cette unité ont choisi d’intégrer le sevrage tabagique au suivi habituel. En gros, la même consultation sert à surveiller le cœur, les autres facteurs de risque et l’arrêt du tabac.
Plus de la moitié des patients vus dans ce cadre fumaient avant leur infarctus, selon Víctor Marcos Garcés. L’équipe insiste aussi sur le fait que l’arrêt du tabac est l’intervention préventive la plus coût-efficace après un infarctus, avec un bénéfice pour le patient et pour le système public.
Côté aide concrète, le docteur Héctor Merenciano cite la varénicline, la cytisine et le bupropion quand un soutien médicamenteux est nécessaire. Les substituts nicotiniques, comme les patchs ou les gommes, sont aussi jugés efficaces, même s’ils ne sont pas financés et donc plus difficiles à faire acheter aux patients.
Un modèle faisable, mais pas partout sans temps médical
Ce que montre l’étude, ce n’est pas seulement un bon résultat. C’est aussi la faisabilité d’une stratégie de sevrage intégrée au suivi cardiologique. La logique est simple : les patients connaissent déjà les soignants, et cette confiance aide dans un processus difficile.
Mais il y a une condition, et elle compte quand même : du temps en consultation. Víctor Marcos Garcés souligne que cette approche n’est pas possible dans n’importe quelle consultation de cardiologie.
Les résultats ont été publiés dans European Journal of Preventive Cardiology. Le travail a reçu des soutiens de la Generalitat Valenciana et de l’Instituto de Salud Carlos III. Pour les patients, l’implication pratique est nette : après un infarctus, le suivi du tabac peut être traité comme un soin cardiaque à part entière, pas comme un sujet annexe.