Une étude menée en Espagne montre qu’un patient hospitalisé sur cinq refait une tentative dans l’année. Les trois premiers mois concentrent le danger.
En bref
- 20% recommencent dans l’année
- Pic de risque à trois mois
- Le suivi après sortie est central
Les trois mois où tout se joue
C’est souvent là que la situation se tend le plus. D’après une étude menée avec l’Hospital del Mar de Barcelone, le risque suicidaire est particulièrement élevé dans les trois mois qui suivent l’hospitalisation pour une tentative de suicide. Et sur l’ensemble des douze mois suivants, une personne sur cinq, soit 20%, fera une nouvelle tentative.
Le chiffre frappe, quand même. Parce qu’il ne parle pas d’un malaise diffus, mais de personnes passées par l’hôpital, donc déjà repérées par le système de soins.
Une étude espagnole de grande ampleur
Les résultats ont été publiés dans The Lancet Regional Health Europe. Les chercheurs ont suivi une cohorte prospective de 1.730 participants, avec un âge moyen de 36,5 ans. Les femmes représentaient 73% de l’échantillon.
Les patients venaient de 8 hôpitaux répartis dans 5 communautés autonomes espagnoles. L’Hospital del Mar a participé aux travaux. Ce détail compte, parce qu’on n’est pas sur un retour d’expérience isolé ou sur quelques dossiers cliniques, mais sur un suivi structuré, multicentrique, avec une base de patients assez large.
Les facteurs qui alourdissent le risque
L’équipe a identifié plusieurs éléments associés à un risque plus élevé de nouvelle tentative. Parmi eux, une charge importante de médicaments psychotropes, avec 4 ou 5 traitements prescrits, des antécédents d’automutilation sans intention suicidaire, ainsi qu’une fréquence plus élevée d’idées suicidaires.
Autre point relevé, avoir subi un abandon émotionnel modéré à sévère pendant l’enfance. Le passé de la personne pèse aussi fortement. Celles qui avaient déjà connu de 1 à 3 tentatives présentaient un risque significativement plus élevé, et ce risque augmentait encore à partir de 4 tentatives antérieures.
Bon, il faut rester rigoureux. Ces facteurs ne veulent pas dire qu’un nouveau passage à l’acte est automatique. Ils servent à mieux repérer les patients qui nécessitent une attention plus rapprochée.
Ce que les psychiatres demandent après la sortie
Pour Víctor Pérez, psychiatre à l’Hospital del Mar et principal investigateur, il faut renforcer la prise en charge en santé mentale après la sortie de l’hôpital et la maintenir « pendant au moins la première année ».
Il défend aussi une organisation des soins capable de mieux cerner les facteurs qui mènent à une nouvelle tentative, tout en assurant un suivi intensif et proche des patients vus aux urgences pour conduite suicidaire. Concrètement, l’enjeu est là. Pas seulement accueillir la crise, mais tenir dans la durée.