Une étude menée au Brésil retrouve beaucoup d’E. coli multirésistants chez des sangliers d’élevage. Un signal sanitaire à suivre de près.
En bref
- E. coli fréquent chez des sangliers d’élevage
- Presque toutes les souches sont multirésistantes
- La surveillance sanitaire pourrait s’élargir
Plus de la moitié des sangliers testés portaient E. coli. Et parmi ces souches, presque toutes résistaient à plusieurs familles d’antibiotiques. C’est le résultat le plus marquant d’une étude menée au Brésil, dans l’État de Goiás, sur des animaux élevés commercialement pour l’alimentation.
Un résultat qui frappe bien plus qu’il ne rassure
Les chercheurs ont réalisé des prélèvements rectaux sur 100 sangliers européens en bonne santé, élevés dans deux fermes de Goiás. Ils ont recherché Salmonella et E. coli, puis testé la sensibilité des bactéries à plusieurs antibiotiques courants, tout en examinant des gènes liés à la virulence, c’est-à-dire à leur capacité à infecter un hôte.
Le tableau est contrasté. Pour Salmonella, un seul échantillon a été retrouvé. Cette souche résistait bien à plusieurs antibiotiques, mais elle ne portait pas les gènes de résistance et de virulence recherchés, ce qui suggère un risque immédiat plutôt limité sur ce point.
En revanche, E. coli pose nettement plus de questions. La bactérie a été isolée chez 56 animaux sur 100. Et 55 de ces 56 souches, soit 98,2 %, entraient dans la catégorie multirésistante.
Des antibiotiques très courants déjà moins efficaces
Les résistances observées concernaient surtout les sulfamides, la tétracycline, l’amoxicilline, l’ampicilline et la doxycycline. Vous reconnaissez sans doute ces noms, ce n’est pas un détail. On parle ici d’antibiotiques souvent utilisés en première ligne, connus et peu coûteux.
La bonne nouvelle, quand même, c’est que la quasi-totalité des isolats restaient sensibles à la ceftriaxone, un antibiotique critique en médecine humaine. Mais les auteurs estiment que le faible niveau de résistance déjà détecté justifie une surveillance attentive.
Près de 30 % des souches d’E. coli portaient aussi le gène tsh. D’autres hébergeaient papC ou iss, liés notamment à l’adhésion aux tissus, à la survie dans le sang et à la colonisation de l’hôte. Certaines bactéries cumulaient plusieurs de ces gènes.
Pourquoi ces résistances existent même sans usage déclaré
Les gestionnaires des fermes ont indiqué que les sangliers ne recevaient pas d’antibiotiques de façon routinière. Du coup, la question arrive vite, d’où vient cette résistance ?
L’hypothèse avancée pointe l’environnement. Des gènes de résistance peuvent persister dans l’eau ou le sol, circuler entre microbes environnementaux et passer d’une bactérie à l’autre via des éléments d’ADN mobiles. Or les sangliers sont des animaux très mobiles, opportunistes, en contact possible avec l’élevage, la faune sauvage et des espaces modifiés par l’humain.
C’est précisément la logique de l’approche One Health défendue au Brésil, qui relie santé humaine, animale et environnementale au lieu de traiter l’antibiorésistance comme un sujet strictement hospitalier.
Une alerte utile, avec des limites à garder en tête
Cette étude a des limites claires. Les échantillons ont été collectés entre 2014 et 2017, sur seulement deux fermes, et l’absence d’usage routinier d’antibiotiques repose sur les déclarations des responsables d’élevage, sans vérification indépendante.
Mais le signal reste sérieux. Avec l’essor des élevages commerciaux au Brésil et l’installation continue de populations échappées dans la nature, ces sangliers pourraient devenir un réservoir de bactéries résistantes plus important qu’on ne le pensait. Les auteurs estiment donc que les sangliers captifs devraient désormais entrer dans les réseaux de surveillance sanitaire. Concrètement, cela élargit le regard, des hôpitaux jusqu’aux fermes, et même jusqu’aux lisières des forêts.