Autisme : deux profils biologiques émergent enfin dans le cerveau

Vue rapprochée d'un modèle cérébral mettant en avant sa texture et sa structure sur une surface blanche épurée.
Image d'illustration. Modèle de cerveau en gros plan — ADN

Une étude parue dans Nature Neuroscience repère deux sous-types d’autisme dans le cerveau. Un pas important vers des prises en charge moins uniformes.

  • Deux sous-types cérébraux d’autisme identifiés
  • Résultat confirmé chez souris et humains
  • Des prises en charge plus ciblées en vue

Vingt modèles murins, 940 enfants et jeunes adultes autistes, 1 036 personnes neurotypiques. C’est l’ampleur de l’analyse menée par une équipe internationale, publiée dans Nature Neuroscience. Et ce travail fait remonter deux profils distincts dans le cerveau, là où l’autisme était souvent décrit de façon très large, sous une même étiquette.

Des milliers de cerveaux, et deux signatures qui ressortent

Les chercheurs ont comparé des schémas de connectivité cérébrale, autrement dit la façon dont différentes zones du cerveau communiquent entre elles. Ils ont d’abord étudié des souris portant 20 modèles différents de caractéristiques cérébrales proches de l’autisme, puis ils ont cherché ces mêmes signatures chez l’humain.

Deux groupes se détachent. Le premier correspond à une hypoconnectivité, avec des connexions plus faibles. Le second à une hyperconnectivité, avec des connexions plus fortes à l’échelle du cerveau. Pour Alessandro Gozzi, de l’Institut italien de technologie, cela apporte enfin une preuve directe que la grande variabilité observée depuis des décennies pourrait renvoyer à des biologies différentes. Il explique, dans des propos très nets, que leur méthode a permis d’isoler des facteurs génétiques et immunitaires précis puis de retrouver ces signatures dans les scanners cérébraux humains.

Ce que séparent vraiment l’hypo et l’hyperconnectivité

La différence ne tient pas qu’aux images. Dans le groupe en hypoconnectivité, l’activité cérébrale était liée à des gènes impliqués dans les synapses, ces jonctions qui permettent aux cellules nerveuses de communiquer.

Dans le groupe en hyperconnectivité, les motifs cérébraux étaient associés à des gènes du système immunitaire. Ce profil allait aussi avec des mesures d’autisme un peu plus marquées. Pas de quoi simplifier à outrance, quand même. L’étude ne dit pas qu’un seul mécanisme explique tout, elle montre plutôt que plusieurs voies biologiques peuvent mener à des manifestations différentes.

Une piste robuste, mais encore loin de tout expliquer

Le point fort, c’est la réplication. Les deux profils apparaissent chez la souris, chez l’humain, et dans plusieurs jeux de données. Pour Adriana Di Martino, du Child Mind Institute, les modèles murins ont servi de « pierre de Rosette biologique », en aidant à relier des voies biologiques à des signatures de connectivité retrouvées ensuite chez l’humain.

Mais il reste une limite importante. Environ un quart des cerveaux autistes humains analysés entraient dans l’un ou l’autre de ces deux groupes. Résultat ? Une partie du tableau seulement. Les auteurs pensent d’ailleurs que des jeux de données plus vastes et des analyses plus fines pourraient faire émerger d’autres sous-types.

Pourquoi cette étude compte dans le débat sur le « spectre »

Ce n’est pas la première tentative de découper l’autisme en catégories plus précises. Une étude publiée en 2025 avait déjà proposé quatre types chez 5 000 enfants, à partir de plus de 230 traits comportementaux. D’autres travaux ont aussi classé l’autisme selon le moment où il apparaît, de la petite enfance au jeune âge adulte.

La différence, ici, c’est l’ancrage biologique. Si ces profils sont confirmés et diagnostiqués, ils pourraient ouvrir la voie à des thérapies et à des programmes de soutien moins uniformes. En gros, sortir du modèle unique. Les chercheurs ont aussi rendu leurs données et leurs outils accessibles, ce qui devrait aider d’autres équipes à tester, corriger ou prolonger ces résultats.