Pris comme un simple assemblage d’éléments chimiques, un corps humain de 70 kg coûterait moins de 116 euros. Mais ce total oublie l’essentiel.
En bref
- La matière brute d’un corps coûte très peu
- La biologie réelle change complètement l’équation
- L’énergie nécessaire serait gigantesque
Moins de 116 euros, si l’on ne compte que la matière brute
Un corps humain de 70 kilos ne vaut presque rien, du moins si on le réduit à ses éléments chimiques. Le calcul avancé ici ramène la facture à moins de 116 euros (133$), ce qui est franchement déroutant quand on pense à la complexité du vivant.
Dans le détail, un adulte type contient environ 46 kilos d’oxygène, 13 kilos de carbone, 7 kilos d’hydrogène, 2 kilos d’azote, 1 kilo de calcium, puis encore 1 kilo au total de phosphore, potassium, soufre, sodium, chlore, magnésium et quelques éléments en traces.
L’idée est simple. Avec 52 litres d’eau, presque gratuits, on récupère l’oxygène et largement assez d’hydrogène. Une électrolyse permet ensuite de séparer ces gaz. Pour le carbone, du charbon de bonne qualité, composé à environ 70 % de carbone, reviendrait à près de 65 euros (56£, soit 75$). En ajoutant 10 kilos de sulfate d’ammonium, un engrais vendu autour de 27 euros (23£, soit 31$), on obtient l’azote et le soufre nécessaires. Les autres éléments, présents en quantités minuscules, n’ajouteraient qu’environ 12 à 17 euros (13 à 20$).
Pourquoi le calcul de Bill Bryson est beaucoup plus élevé
Ce total très bas contredit un chiffrage bien connu. Dans The Body: A Guide for Occupants, Bill Bryson estimait le prix des matières premières d’un corps à plus de 134 000 euros.
La différence tient à un point précis, et important. Bill Bryson partait des formes chimiquement pures de chaque élément, c’est-à-dire les versions les plus chères. Si vous acceptez d’extraire et de raffiner vous-même ces substances à partir de produits courants, la note s’effondre.
Le vrai mur, ce ne sont pas les atomes
Mais ce calcul a une grosse limite. Un humain n’est pas fabriqué à partir d’oxygène, de carbone ou de calcium rangés en tas. Nous sommes faits de molécules organiques complexes, notamment des protéines et des glucides.
Résultat ? Le coût de synthèse de ces molécules à partir des éléments bruts dépasserait de très loin le prix des matériaux eux-mêmes. C’est là que le raisonnement change de nature.
Le cochon, puis l’énergie pure, deux raccourcis très théoriques
Une option bien plus simple, si l’on raisonne seulement en briques chimiques utiles, serait d’acheter un cochon entier pour environ 232 euros (200£, soit 267$), puis de le réduire en une sorte de soupe moléculaire. D’un point de vue moléculaire, un cochon et un humain sont présentés comme presque identiques.
Et il reste la version la plus extrême. Puisque matière et énergie sont interchangeables, on pourrait en théorie créer des atomes à partir d’énergie pure avec un accélérateur de particules comme le Large Hadron Collider. Sauf qu’il faudrait environ 10^18 joules pour produire 70 kilos de matière, soit 1,75 trillion de kilowattheures d’électricité, assez pour alimenter à peu près 95 millions de foyers américains.
Bref, la matière première coûte peu. Le vivant, lui, n’a rien d’un simple panier de courses.