Rajeunir les cellules de l’œil, l’essai humain qui divise démarre

Image d'illustration.Yeux fatigués avec cernes légersADN
Life Biosciences a traité un premier patient avec une thérapie génique censée rajeunir des cellules de l’œil. Prometteur, mais très risqué.
En bref
- Premier patient traité par ER-100
- Objectif, restaurer des cellules de l’œil
- Essai surtout centré sur la sécurité
Perdre la vue sans symptôme, puis ne pas pouvoir revenir en arrière. C’est le problème très concret que vise l’essai lancé par Life Biosciences, une biotech américaine qui a annoncé avoir administré son traitement expérimental ER-100 à un premier patient. L’idée est ambitieuse, rajeunir certaines cellules de l’œil pour freiner, préserver, voire restaurer une partie de la vision.
Quand la perte de vision devient le vrai point de départ
Les cellules visées sont les cellules ganglionnaires rétiniennes, ces neurones qui relient l’œil au cerveau. Quand elles sont abîmées, notamment dans le glaucome, elles ne se régénèrent pas naturellement. Résultat ? Une perte visuelle qui peut être brutale, silencieuse et permanente.
C’est pour cela que l’essai attire autant d’attention. Il ne s’agit pas d’améliorer un inconfort, mais de tenter d’agir sur des lésions aujourd’hui considérées comme irréversibles.
ER-100, une thérapie qui tente de remonter l’horloge cellulaire
Concrètement, ER-100 repose sur une thérapie génique. Un virus rendu incapable de provoquer une maladie infectieuse transporte des instructions génétiques jusqu’aux cellules de la rétine. Celles-ci doivent produire trois protéines censées les ramener vers un état plus jeune et plus fonctionnel, du moins selon certains indicateurs.
Le traitement est aussi associé à plusieurs semaines d’antibiotiques. Ce point compte, parce que les gènes introduits sont branchés sur une sorte d’interrupteur génétique activé seulement quand le participant prend cet antibiotique. S’il l’arrête, l’activation s’éteint. Selon la présentation de l’essai, cela n’altère pas les gènes déjà présents chez le patient.
Des promesses immenses, mais des risques très concrets
Le socle scientifique ne part pas de rien. En 2020, l’équipe de David Sinclair à Harvard University avait montré chez la souris une reprogrammation partielle de cellules âgées. La technologie a ensuite été licenciée à Life Biosciences, qui a mené les tests précliniques. Des travaux initiaux chez des primates non humains suggèrent aussi un potentiel de restauration fonctionnelle.
Mais on parle ici de modifier l’expression de gènes. Et ça, clairement, peut dérailler. Certains chercheurs redoutent des effets inconnus, y compris un risque de rendre certaines cellules cancéreuses. Paul Knoepfler, biologiste des cellules souches à l’University of California, Davis, rappelle sur son blog The Niche qu’un éventuel rajeunissement ne ferait pas baisser la pression oculaire du glaucome, donc que le bénéfice pourrait ne pas durer. Il écrivait aussi : « Nous devons simplement garder les pieds sur terre. Beaucoup de choses peuvent mal tourner. »
Ce que l’essai va réellement mesurer chez l’humain
L’essai a reçu le feu vert de la FDA le 15 janvier. Il commencera avec 12 personnes traitées une par une, atteintes d’un glaucome à angle ouvert. Ensuite, jusqu’à 6 autres participants présentant une neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique pourront être inclus.
Mais il ne faut pas aller trop vite. Ce premier essai sert d’abord à évaluer la sécurité. Les doses pourront changer selon la réponse des patients, et le suivi durera au moins cinq ans. Il y aura aussi des premières données sur la vision, bien sûr, mais pas encore de preuve qu’on sait vraiment « inverser » le vieillissement cellulaire. Même cette définition, dans la recherche sur l’âge biologique, reste discutée.
