Des pédiatres alertent sur une hausse des retards de développement, surtout du langage, aggravée après les confinements et liée aussi aux écrans.
En bref
- Le retard du langage a fortement augmenté
- Les écrans sont pointés avant 6 ans
- L’autonomie quotidienne devient un enjeu clé
Après les confinements, les diagnostics de retard isolé du langage ont doublé dans des cohortes espagnoles citées par la docteure Belén Borrell. Ils ont même représenté jusqu’à 62,9 % des orientations vers des consultations spécialisées ou des unités d’attention précoce. Dit autrement, le signal le plus visible n’est pas un détail de comportement, mais bien une difficulté de développement qui pèse déjà sur le système de soins.
Le langage est devenu le premier signal d’alerte
Pour Belén Borrell, membre du département de pédiatrie de la Clinique Université de Navarre, la crise du SARS-CoV-2 a joué un rôle de catalyseur. Elle souligne aussi une hausse de la demande pour les programmes d’intervention précoce.
Mais le mouvement ne date pas seulement du Covid. Des données épidémiologiques internationales antérieures à 2020 signalaient déjà une progression graduelle des troubles du développement, avec une prévalence comprise entre 25,3 % et 27,7 % dans des échantillons globaux. La pandémie a donc accéléré une tendance déjà en cours, pas créé le phénomène à elle seule.
Les écrans reviennent au centre du problème
Le docteur José Manuel Moreno, codirecteur cité avec Belén Borrell, relie ce retard de maturation à deux évolutions très concrètes, une exposition excessive aux écrans et moins d’interactions avec l’environnement. Le développement du langage serait particulièrement touché.
L’Association espagnole de pédiatrie va plus loin. Avant 6 ans, elle estime qu’il n’existe pas de quantité d’exposition considérée comme sûre. Son message ne porte pas seulement sur la parole. L’usage numérique précoce peut aussi compliquer la manière dont l’enfant affronte les exigences de son âge, la frustration et, plus tard, sa capacité d’autorégulation.
Des enfants plus protégés, mais moins autonomes
Les pédiatres pointent aussi une autre difficulté, plus domestique, mais pas anodine. Certains enfants gagnent moins vite en autonomie pour des apprentissages de base, manger seuls, quitter la couche, la tétine ou le biberon, commencer à parler, s’habiller, ranger leurs jouets ou aller aux toilettes.
Selon José Manuel Moreno, ces étapes supposent que l’enfant soit prêt, mais aussi que les parents le laissent essayer. Il observe davantage de mineurs surprotégés dans leurs activités, tout en étant moins nourris par les échanges familiaux. Le jeu partagé, la conversation et la lecture gardent ici une place centrale. Rien, dans ce cadre, ne remplace une consommation passive de contenus.
Tout retard n’a pas la même portée
Reste une nuance importante, et elle compte. Les médecins distinguent un rythme de maturation un peu plus lent, qui peut rester dans la normalité, d’une situation qui réclame une évaluation ou un suivi spécifique.
Ce que cela change pour vous est assez simple. Il faut regarder l’évolution de l’enfant dans son ensemble, respecter son rythme propre et en parler avec le pédiatre si les difficultés durent ou touchent plusieurs domaines à la fois. Pas de quoi paniquer. Mais pas à banaliser non plus.