Alzheimer : chez la souris, deux injections relancent des neurones

Un gros plan captivant d'un petit animal de laboratoire dans un lieu de recherche impeccable et lumineux, reposant sur une litière moelleuse
Image d'illustration. Gros plan d un petit animal de laboratoire dans un environnement de recherche propre, bien éclairé avec un lit douillet — ADN

Une équipe américaine rapporte un regain de mémoire et de cognition chez des souris Alzheimer après deux injections. Un résultat précoce, mais rare.

En bref

  • Deux injections ont amélioré mémoire et comportement
  • La technique cible la protéine PTBP1
  • Aucun effet chez l’humain n’est démontré

Après deux injections, des souris modèles d’Alzheimer ont mieux réussi des tests de mémoire et retrouvé des gestes du quotidien, comme construire un nid. Ce résultat, rapporté par l’équipe de Peisheng Xu à l’University of South Carolina, sort du lot pour une raison simple, il ne cherche pas seulement à freiner la maladie, mais à régénérer des neurones.

Peisheng Xu résume l’effet observé ainsi : « Après seulement deux injections, ces souris sont devenues plus intelligentes ». Il ajoute qu’un écart de comportement apparaissait déjà après une seule injection. Pas de quoi parler de traitement, clairement, mais le signal expérimental est assez net pour attirer l’attention.

Deux injections, puis des souris plus performantes

Pour mesurer l’effet, les chercheurs ont suivi des souris présentant des caractéristiques proches d’Alzheimer. Elles passent en général plus difficilement certains tests, notamment la construction d’un nid, utilisée comme reflet de tâches quotidiennes, et le labyrinthe aquatique, classique pour évaluer mémoire et cognition.

Au fil de quelques semaines, les animaux traités ont regagné la capacité à faire leur nid et ont terminé les labyrinthes plus efficacement. Dans leur cerveau aussi, l’équipe a observé une amélioration de plusieurs marqueurs biologiques de la maladie, avec moins d’inflammation et moins d’accumulation de protéines problématiques.

La méthode vise une protéine qui freine la conversion cellulaire

Le cœur de la stratégie s’appelle Nano-ERASER. Ce système dérive de Trim-Away, une technique mise au point en 2017 par des chercheurs de l’University of Cambridge et du Max Planck Institute for Biophysical Chemistry, qui utilise des anticorps pour faire dégrader des protéines précises à l’intérieur des cellules.

En 2023, l’équipe de University of South Carolina avait adapté cette approche avec un nanogel injectable chargé de nanoparticules, d’abord contre des cellules de cancer du sein. Cette fois, la cible est PTBP1, une protéine liée au freinage de la transformation des astrocytes, des cellules de soutien du cerveau, en nouveaux neurones.

Dans des cellules cérébrales cultivées en laboratoire et dans des organoïdes 3D, la baisse de PTBP1 a bien poussé ces astrocytes à devenir des neurones. Et pas des neurones de façade : une matrice de microélectrodes a montré qu’ils fonctionnaient et formaient des réseaux connectés.

Des neurones recréés, mais pas encore un traitement

L’équipe dit aussi avoir confirmé une densité neuronale plus élevée dans le cerveau des souris traitées. Peisheng Xu affirme même que « les nouveaux neurones peuvent devenir matures et survivre ». C’est le point fort de l’étude, parce qu’on touche ici à une conséquence structurelle de la maladie, la perte neuronale elle-même.

Mais vous avez raison de garder de la distance. Rien ne garantit, à ce stade, que ces résultats passeront chez l’humain. D’autant que des travaux antérieurs sur la réduction de PTBP1, dans la maladie de Parkinson chez la souris, avaient donné des résultats prometteurs avant d’être difficilement reproduits.

La suite est déjà tracée. Les chercheurs veulent tester la technique plus longtemps et chez des primates, avant toute idée de clinique. L’étude a été publiée dans Cell Biomaterials. Concrètement, cela ne change rien aujourd’hui pour les patients, mais cela ouvre une piste rare, celle d’une réparation du cerveau, pas seulement d’un ralentissement des dégâts.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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