Une étude chez la souris suggère que les ovaires restent actifs après la ménopause, avec un profil plus immunitaire qu’on ne l’imaginait.
En bref
- Les ovaires resteraient actifs après la ménopause
- Une étude observe un virage immunitaire
- Des conséquences possibles pour le vieillissement
On vit plus longtemps après la ménopause qu’autrefois, et c’est là que le sujet devient concret. Une fois la fonction reproductive arrêtée, que font encore les ovaires ? Une équipe menée par Francesca Duncan, à Northwestern University, avance une réponse assez nette dans Molecular Human Reproduction : ils ne seraient pas inertes.
Une piste née d’un angle mort de la santé féminine
L’image classique est simple, presque trop simple : plus d’ovulation, donc rideau. Or Francesca Duncan, biologiste de la reproduction, travaille justement sur cet après. Et ses résultats ne pointent pas vers une retraite biologique, mais vers un changement de rôle.
Ce n’est pas sorti de nulle part. Dans un autre travail, encore non évalué par les pairs, son équipe a observé chez 28 femmes ménopausées que les protéines produites par le tissu ovarien variaient selon les groupes d’âge. Si l’ovaire ne faisait plus rien, on ne s’attendrait pas à voir ce type de différences.
Chez la souris, l’ovaire ne s’éteint pas vraiment
Pour aller plus loin, les chercheurs ont étudié des souris de 2, 18 et 24 mois, trois âges censés représenter différentes phases du cycle reproductif. Chez cet animal, l’activité ovarienne s’arrête vers deux ans. La comparaison avec l’humain a ses limites, puisque la ménopause de la souris ne s’accompagne pas de la chute brutale des œstrogènes observée chez nous. Mais il existe assez de parentés biologiques pour y chercher des indices.
Un ovaire de chaque souris a été observé au microscope, l’autre a servi à un séquençage ARN dit « bulk RNA sequencing », une technique qui permet de voir non seulement quels gènes sont présents, mais aussi lesquels participent à la fabrication des protéines. Résultat, attendu en partie : avec l’âge, la machinerie reproductive ralentit. Les souris plus âgées ont moins de follicules, et l’organisation des tissus ainsi que du collagène change.
Un basculement vers une fonction immunitaire
Mais l’atelier ne ferme pas totalement. Les analyses montrent un glissement de la fonction reproductive vers une signature immunitaire dominante. Les ovaires post-reproductifs présentent davantage de lymphocytes T, de macrophages et de cellules géantes multinucléées.
Autrement dit, l’ovaire âgé ne ressemble pas seulement moins à celui d’un jeune animal sur le plan anatomique. Son profil moléculaire est, lui aussi, distinct. L’équipe estime qu’il pourrait adopter une identité proche d’un organe inflammatoire de type immunitaire.
Pourquoi ce résultat compte au-delà du laboratoire
Bon, il faut garder la mesure. Une étude chez la souris ne dit pas exactement ce qui se passe chez l’humain. Elle suggère, elle n’établit pas tout. Mais la cohérence avec les observations faites chez des femmes ménopausées renforce l’idée que les ovaires continuent de changer après la fin de leur rôle reproductif.
L’enjeu, lui, est très concret. Si ces organes ont encore une influence endocrine ou paracrine sur le vieillissement du corps entier, cela peut compter pour la prise en charge de la santé après la ménopause, et tout particulièrement pour les personnes à qui l’on retire les ovaires. Pas de révolution clinique immédiate. Mais une vieille certitude, elle, prend quand même un coup.