Dans six États américains, une IA filtre certains soins couverts par Medicare. Le test, lancé pour réduire les dépenses, provoque déjà retards et refus.
En bref
- Une IA filtre des soins Medicare dans six États
- Le test vise des actes jugés surutilisés
- Des médecins dénoncent retards et opacité
Dans six États américains, des patients couverts par Medicare voient désormais certains soins validés ou refusés par une IA. Le programme, lancé par le Department of Health and Human Services et supervisé par les Centers for Medicare and Medicaid Services, doit durer six ans. Son objectif affiché, réduire les dépenses jugées inutiles dans l’assurance santé publique des plus de 65 ans et de certaines personnes handicapées.
Six États déjà concernés par le test
Le dispositif s’applique dans l’Arizona, le New Jersey, l’Ohio, l’Oklahoma, le Texas et l’État de Washington. Selon les autorités fédérales, il s’agit d’éviter des procédures considérées comme inutiles ou exposées à la fraude et au gaspillage. Medicare représente aujourd’hui environ 14 % des dépenses fédérales américaines, et un rapport cité par l’administration évalue à 5,8 milliards de dollars, soit environ 5 milliards d’euros (5,8 Md$), les services à bénéfice minimal remboursés en 2022.
Ce programme, baptisé WISeR, s’inscrit aussi dans l’usage plus large de l’IA promu par l’administration Trump, y compris dans la santé.
Des soins sous autorisation préalable algorithmique
Concrètement, les médecins doivent déposer en ligne leur justification pour certains actes. L’IA décide ensuite si le soin peut être couvert par Medicare. Quinze traitements sont concernés, dont des injections épidurales de stéroïdes contre la douleur, des substituts cutanés, ou encore des arthroscopies du genou.
Le CMS promet une réponse sous 72 heures. Si l’algorithme refuse, un clinicien employé par l’entreprise technologique chargée du dossier dans l’État doit revoir la décision manuellement. Chaque État a été confié à une société différente.
Retards, bugs et refus qui pèsent sur les patients
Sur le terrain, les remontées sont déjà mauvaises. Des médecins parlent de retards, de problèmes techniques, de paperasse supplémentaire et de patients convoqués à nouveau pour compléter les dossiers. Des autorisations obtenues autrefois en une journée prendraient désormais des semaines.
Le cas de Keith Magnuson, 83 ans, l’illustre. Cet habitant de Seattle, atteint d’une sténose lombaire, souffre depuis deux ans. Son médecin avait prévu une procédure mini-invasive, le MILD, moins risquée qu’une chirurgie. Mais une injection épidurale nécessaire au traitement a été refusée trois fois. Quand il a compris qu’une IA était derrière la troisième décision, il a dit : « J’étais scandalisé ».
Une boîte noire peu encadrée
Les critiques ne portent pas seulement sur les délais. Jeff Marr, de l’université Brown, parle d’une « boîte noire totale » pour décrire des modèles dont on sait mal comment ils fonctionnent, quelles données ils consultent et sur quoi ils ont été entraînés.
Des médecins jugent aussi qu’une IA ne peut pas saisir ce qu’un patient ressent pendant une consultation, avec son histoire, son examen clinique et l’échange avec le praticien. D’autres dénoncent un déploiement avec très peu de concertation. Sur le plan juridique, le cadre reste mince. Michelle Mello, à Stanford, rappelle que le programme a pu être lancé sans vote du Congrès, car il est considéré comme volontaire, mais seulement pour les entreprises technologiques. Les médecins qui n’y participent pas perdent, eux, le financement Medicare.