Des chercheurs ont détruit 99 % de cellules cancéreuses en laboratoire avec des molécules activées par lumière infrarouge. Prometteur, mais très préliminaire.
En bref
- 99 % de cellules cancéreuses détruites en laboratoire
- Des molécules vibrent sous lumière proche infrarouge
- Résultats prometteurs, encore limités aux modèles précliniques
99 %. C’est le taux de destruction observé sur des cellules cancéreuses en laboratoire avec une technique qui ressemble presque à de la science-fiction. Presque seulement, parce qu’elle repose sur des molécules déjà connues en médecine. Mais vous faites bien de garder une réserve, on parle ici de travaux menés sur des cultures cellulaires et sur des souris, pas encore chez l’humain.
Un marteau moléculaire, au sens presque littéral
Le principe a été mis au point par des équipes de Rice University, de Texas A&M et de l’Université du Texas. Elles utilisent des molécules d’aminocyanine, des colorants synthétiques déjà employés en imagerie médicale. Sous l’effet d’une lumière proche infrarouge, ces molécules se mettent à vibrer ensemble à environ 40 000 milliards d’oscillations par seconde.
Résultat ? La membrane de la cellule cancéreuse est physiquement déchirée en quelques minutes, même avec de faibles doses. Les chercheurs expliquent que les électrons de ces molécules forment alors des plasmons, des entités vibratoires collectives qui mettent toute la molécule en mouvement. Selon Ciceron Ayala-Orozco, il s’agit de la première utilisation de ce type d’excitation plasmonique pour produire une action mécanique visant à rompre la membrane de cellules cancéreuses.
Des résultats frappants, mais loin d’un traitement prêt pour l’hôpital
Les premiers résultats ont été publiés fin 2023 dans Nature Chemistry. Sur les cultures cellulaires, le taux de succès atteint donc 99 %. Dans des modèles murins de mélanome, la moitié des animaux sont devenus exempts de cancer.
C’est impressionnant. Mais il faut tenir la ligne de partage entre espoir et preuve. Ce qui fonctionne sur des cellules isolées ou chez la souris ne se traduit pas automatiquement chez l’humain. La recherche contre le cancer est pleine de pistes brillantes qui se heurtent ensuite à la complexité du corps humain.
Pourquoi les chercheurs y voient plus qu’une simple curiosité
Cette approche intéresse pour une raison très concrète, elle est mécanique. Les chercheurs estiment donc que les cellules cancéreuses auraient moins de chances de développer une résistance, contrairement à certains traitements qui ciblent une voie biologique précise. James Tour disait déjà en 2023 que cette génération de machines moléculaires allait plus d’un million de fois plus vite que les anciens moteurs de type Feringa, tout en étant activable par infrarouge plutôt que par lumière visible.
Et ce détail change pas mal de choses. La lumière proche infrarouge pénètre plus profondément dans le corps, ce qui pourrait théoriquement aider à atteindre des tumeurs situées dans des organes ou des os sans chirurgie d’accès. Fin 2024, une nouvelle étude publiée dans Advanced Science a décrit plusieurs variantes en développement, avec l’idée de viser différents cancers plus précisément.
Dernier point, quand même, sur la sécurité. Dans ces travaux récents, les faibles doses de marteaux moléculaires non activés ont été rapidement internalisées puis éliminées par les cellules normales. Ce n’est pas une preuve de sûreté clinique, mais pour vous comme pour les chercheurs, c’est le genre de signal précoce qu’on regarde de très près.