Chez la souris, des nanoparticules recouvertes de mannose ont fortement réduit la charge tumorale du glioblastome. Reste l'étape décisive chez l'humain.
En bref
- Des tumeurs ont fortement régressé chez la souris
- Le mannose aide à franchir la barrière cérébrale
- Aucune toxicité mesurable observée dans les organes
Ramener la charge tumorale de 52 % du cerveau à 2,3 %, chez la souris, ce n’est pas un petit signal. C’est le résultat mis en avant par une équipe de l’Oregon State University dans le Journal of Controlled Release, avec des nanoparticules recouvertes de sucre pour attaquer le glioblastome, l’un des cancers du cerveau les plus difficiles à traiter.
Une chute spectaculaire de la tumeur chez la souris
Le modèle reste animal, il faut le dire tout de suite. Mais les chiffres sont solides à ce stade. Après 28 jours, des souris non traitées avaient en moyenne une tumeur occupant 52 % du cerveau. Chez les souris traitées avec ces particules enrobées de mannose, cette part tombait à 2,3 %.
Même tendance sur la survie. La survie médiane passait de 33 à 49 jours. Pas une guérison, clairement, mais un gain mesurable dans une maladie où les options restent limitées, même avec chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie.
Le sucre sert de laissez-passer vers le cerveau
Le cœur de l’idée tient dans un obstacle bien connu, la barrière hémato-encéphalique. Elle protège le cerveau, mais bloque aussi beaucoup de traitements. L’équipe a utilisé du mannose, un sucre proche du glucose, parce que ces deux molécules peuvent franchir cette barrière via le transporteur GLUT1.
Mais le détail technique compte. Oleh Taratula, scientifique pharmaceutique, explique que le sang contient déjà beaucoup de glucose et que les particules doivent rivaliser pour capter l’attention de GLUT1. Selon lui, l’innovation centrale consiste à donner à ces particules une surface de sucre très dense.
Pour y arriver, les chercheurs ont lié le mannose au cholestérol qui forme la base de la nanoparticule. Résultat, chaque particule embarque davantage de sucre. Et le passage vers le cerveau a été mesuré comme 9,9 fois plus efficace qu’avec des particules non enrobées.
Une double cible, et peu de toxicité mesurée
Une fois dans le cerveau, le mannose joue encore un rôle. Le glioblastome consomme avidement le sucre. Olena Taratula, spécialiste de l’administration des médicaments, rappelle que ce type de tumeur exprime GLUT1 à un niveau trois fois plus élevé que le tissu cérébral normal. Les particules s’accumulent donc préférentiellement dans la tumeur.
Elles y livrent un ARNm, autrement dit une instruction génétique, pour relancer la production de PTEN, une protéine qui freine la croissance tumorale. L’équipe rapporte aussi l’absence de toxicité mesurable dans les principaux organes au fil des doses répétées. Bon point, quand même.
Pourquoi il faut rester prudent malgré l’intérêt
Le frein, vous l’avez déjà en tête: tout cela a été observé chez la souris. On ne sait pas encore ce que donnera cette stratégie dans des cellules humaines, puis chez des patients atteints d’un vrai glioblastome.
Les chercheurs estiment malgré tout que cette approche pourrait aller au-delà de ce cancer précis. Dans leur article, ils décrivent une plateforme potentiellement généralisable pour faire passer des thérapies à base d’ARNm dans le cerveau, y compris pour d’autres troubles neurologiques. Pour le lecteur, ce que ça change est simple: on n’a pas un traitement prêt pour demain, mais une piste sérieuse sur un verrou majeur, l’accès fiable au cerveau.