Des chercheurs décrivent un profil troublant, mêlant traits narcissiques ou psychopathiques et empathie élevée. Pas forcément criminel, mais potentiellement manipulateur.
En bref
- Environ 20 % d’un échantillon correspondaient au profil
- Empathie élevée ne veut pas dire bienveillance
- Le risque évoqué est surtout manipulateur et relationnel
Près d’une personne sur cinq pourrait relever d’un profil psychologique encore mal connu, selon les travaux de Nadja Heym. Pas des criminels en série, pas forcément des malades non plus. Mais des personnes combinant des traits sombres, comme le narcissisme ou la psychopathie, avec une empathie au-dessus de la moyenne.
Un profil à part, ni monstre ni simple collègue pénible
Chez les psychologues, on parle de triade noire pour regrouper trois dimensions, la psychopathie, le narcissisme et le machiavélisme. Nadja Heym, de Nottingham Trent University, rappelle que ces traits fonctionnent sur un continuum. En gros, on n’est pas dans une logique binaire, comme une jambe cassée. On peut avoir certains traits à des degrés divers, selon les moments et les contextes.
Les formes cliniques existent, elles restent minoritaires. Le trouble narcissique de la personnalité toucherait entre 1 % et 5 % de la population, la psychopathie clinique autour de 1 %. Et la plupart des personnes qui obtiennent des scores élevés sur ces traits ne sont pas des criminels, même si elles peuvent être pénibles, dominatrices ou très centrées sur elles-mêmes.
Ce que l’étude a réellement trouvé
En 2021, l’équipe de Nadja Heym a étudié près de 1 000 participants au Royaume-Uni. Les chercheurs ont croisé des questionnaires sur les traits sombres avec des mesures d’empathie affective et d’empathie cognitive, ainsi qu’avec des indicateurs d’agressivité.
Résultat, quatre groupes. Un groupe « typique » à faibles traits sombres et empathie moyenne, 34 % de l’échantillon. Un groupe empathique, 33 %, avec peu de traits sombres mais beaucoup d’empathie. Un groupe de triade noire classique, 13 %, avec traits sombres élevés et faible empathie. Et surtout un groupe d’« empathes sombres », 20 %, qui cumule traits sombres élevés et empathie supérieure à la moyenne.
Point important, l’agressivité mesurée ici était indirecte. Exclure quelqu’un, culpabiliser, lancer des piques malveillantes. Pas de quoi confondre cela avec des violences extrêmes. Les scores sur les traits sombres tournaient autour de 3,5 sur 5 dans ces groupes, contre une moyenne habituelle proche de 2,5.
Pourquoi ils sont plus difficiles à repérer
C’est là que le sujet devient concret. Selon Nadja Heym et Emanuele Fino, cette empathie peut servir d’outil. Non pour mieux prendre soin des autres, mais pour mieux les lire, les influencer, parfois les manipuler.
Les empathes sombres étaient aussi les plus extravertis dans l’étude. Sociables, à l’aise, souvent charismatiques. Dans une relation amoureuse ou au travail, cela brouille les pistes. Nadja Heym dit qu’on peut avoir l’impression qu’« il y a quelque chose qui ne va pas tout à fait chez cette personne ». Puis, avec le temps, apparaissent mensonges, promesses rompues, contrôle ou infidélités répétées.
Ce que cela change au travail, en couple et pour la recherche
Au bureau, la prudence porte surtout sur l’information qu’on partage. Ces profils peuvent se présenter comme des collègues chaleureux, puis utiliser ce qu’ils apprennent contre vous. Et quand on met en doute leurs intentions, ils peuvent réagir par l’exclusion ou les rumeurs.
Une réplication menée par l’équipe sur près de 800 participants aux États-Unis, encore préliminaire, va dans le même sens. Les empathes sombres y apparaissent presque aussi agressifs que la triade noire classique, mais davantage tournés vers les objectifs, la réussite et la récompense. Clairement, ce qui change pour vous, c’est moins l’idée d’un danger spectaculaire que celle d’un risque relationnel, discret et durable. La suite des recherches dira si cette empathie peut aussi jouer un rôle dans la réhabilitation, notamment en prison.