Collagène, peau, articulations : ce que la science dit vraiment

Magasin de compléments avec rayon collagène
Image d'illustration. Peau et articulations au cœur du débat. — ADN

Le collagène envahit les compléments et même le café. Derrière la promesse d’une peau plus jeune, la biologie est solide, les preuves beaucoup moins simples.

En bref

  • Le collagène pèse environ 5,1 milliards d’euros
  • La protéine structure peau, os, cartilage et tendons
  • Beaucoup d’études, mais prudence sur les promesses

Le collagène n’est plus un mot de labo. C’est un marché mondial estimé à environ 5,1 milliards d’euros en 2023 (5,5 milliards de dollars), avec une promesse très simple à vendre, une peau plus jeune et des articulations qui tiennent mieux. Vous l’avez sans doute vu passer, en poudre, en gélules, parfois même dans le café.

Un marché énorme, porté par les réseaux

Chez Instagram et Facebook, le collagène a trouvé un terrain parfait. Publicités beauté, suppléments pour la ménopause, nutrition sportive, récupération musculaire, tout se mélange. Et ce n’est pas réservé aux femmes de plus de 40 ans, des hommes d’âge mûr et des amateurs de fitness s’y intéressent aussi.

Le chercheur Stuart Phillips, spécialiste des protéines musculaires à McMaster University, rappelle que l’idée d’ajouter du collagène au café remonte aux années 2010. Elle a pris de l’ampleur avec Dave Asprey, créateur du Bulletproof Coffee, qui recommandait café, ghee, huile et collagène pour contrer, disait-il, les effets du vieillissement. Avec ses 1,4 million d’abonnés sur Instagram, ce type de relais a clairement aidé l’industrie.

Dans le corps, une protéine de charpente

Le plus intéressant est ailleurs. Le collagène est la protéine la plus abondante du corps humain, et il en existe 28 variétés. La biophysicienne Nancy Forde, de Simon Fraser University, le décrit comme le principal matériau de structure de nos tissus.

Pris isolément, explique-t-elle, le collagène n’est pas stable à la température du corps. Mais dans l’organisme, les protéines s’assemblent en longs fils torsadés par trois, puis en fibrilles, ces structures en forme de corde qui donnent leur tenue aux tendons et aux éléments du cartilage soumis aux contraintes. C’est cette organisation qui nous évite, selon sa formule, de finir en flaque.

Le poids biologique de cette molécule est énorme. Les collagènes représentent plus de 90 % des tendons humains en poids sec, et environ les trois quarts de la peau et des os.

Ce que montrent surtout les chiffres et les limites

Le sujet a aussi explosé dans les publications scientifiques. Sur une grande plateforme de revues, on trouve 115 études mentionnant les suppléments de collagène en 2010, contre 642 en 2024. Le chiffre impressionne. Il ne prouve pas, à lui seul, que tous les produits tiennent leurs promesses.

C’est justement ce que critique Stuart Phillips sur les réseaux sociaux. Beaucoup de marques s’appuient sur cette littérature croissante pour légitimer leurs arguments. Sauf que lire une étude, comprendre sa méthode, distinguer un signal faible d’un résultat solide, ce n’est pas évident. Résultat, sur de grands groupes en ligne, on voit défiler des recommandations pour la peau, les articulations, l’énergie, l’humeur, et même une poitrine plus ferme.

Vitamine C, renouvellement des tissus et idée reçue

Autre point utile, tous les tissus ne renouvellent pas leur collagène au même rythme. Celui du cartilage peut rester très longtemps en place. La peau, elle, refait plusieurs fois ses stocks au cours de la vie. Les gencives vont encore plus vite.

Et c’est là que l’exemple du scorbut reste parlant. Nancy Forde rappelle que cette maladie liée à un manque de vitamine C est aussi, en pratique, une maladie du collagène. Sans assez de vitamine C, le corps ne le fabrique pas correctement, et les gencives perdent rapidement leur rigidité.

Ce que ça change pour vous ? Une chose simple. Le collagène a une vraie importance biologique, massive même. Mais entre ce rôle dans le corps et les promesses marketing d’un supplément, il y a encore un écart qu’il faut regarder de près.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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