Une étude publiée dans Nature relance le débat sur la créatine. Elle observe un effet possible sur des mécanismes liés aux métastases, pas une preuve de cancer.
En bref
- Pas de preuve que la créatine cause un cancer
- Des effets observés surtout chez la souris
- Les plaquettes sont la piste clé
La question mérite d’être posée calmement. Les résultats publiés dans Nature ne montrent pas que la créatine provoque un cancer. Ils décrivent un mécanisme biologique possible, observé surtout dans des modèles expérimentaux, qui pourrait favoriser des processus liés aux métastases.
Ce que l’étude suggère, et ce qu’elle ne prouve pas
Le travail mené par des chercheurs du Longyan First Hospital, lié à l’Université médicale de Fujian, avec l’Université de Fudan à Shanghai, s’intéresse à un supplément très populaire chez les personnes qui cherchent à améliorer leurs performances physiques. La créatine, rappelons-le, est aussi un composé naturellement produit par l’organisme à partir de l’arginine, de la glycine et avec la participation de la méthionine. On en trouve également dans la viande et le poisson.
Mais le point important est ailleurs. L’étude a repéré un lien possible entre la supplémentation en créatine et des conditions favorables à la dissémination de cellules tumorales. Pas de quoi conclure à un effet cancérogène direct.
Pourquoi les plaquettes sont au centre du travail
Les chercheurs ont regardé ce qui se passe au niveau des mégacaryocytes, les cellules qui fabriquent les plaquettes. Selon leurs résultats, la supplémentation en créatine peut modifier leur activité et aboutir à des plaquettes plus actives que la normale, donc hyperréactives.
Cette hyperactivité n’est pas un détail technique. Dans certains modèles expérimentaux, elle pourrait faciliter l’interaction avec des cellules tumorales et créer un terrain plus favorable à leur propagation dans l’organisme. Bref, le signal repéré concerne surtout la capacité de diffusion, pas l’apparition d’un cancer en lui-même.
Le mécanisme repéré par les chercheurs
L’équipe avance une piste précise. La créatine entrerait dans les mégacaryocytes par une protéine appelée SLC6A8. Cette entrée déclencherait ensuite des changements dans ces cellules, puis la production de plaquettes davantage activables.
Et ce n’est pas tout. Quand les chercheurs bloquent ou perturbent différents maillons de cette voie, les effets associés aux métastases diminuent aussi chez l’animal. C’est intéressant, clairement, parce que cela donne une explication biologique cohérente au phénomène observé.
Une étude encore loin d’une conclusion pour le grand public
Le protocole combinait plusieurs expériences chez la souris et un petit test chez des personnes saines. C’est utile pour formuler une hypothèse solide, beaucoup moins pour trancher ce qui se passe dans la vie courante.
Les auteurs eux-mêmes restent prudents. Les données disponibles ne suffisent ni à affirmer que la consommation de créatine cause un cancer, ni à recommander aux personnes en bonne santé d’arrêter d’en prendre. Ce que cette étude change pour vous, en gros, c’est surtout le niveau de vigilance scientifique autour d’un produit banal. Il faudra des travaux plus larges pour savoir si ce signal expérimental se retrouve vraiment chez l’humain.