Dans les bars à ongles, l’air grimpe à des pics chimiques très élevés

Ongles manucurés
Image d'illustration. Ongles manucurés — ADN

Une étude menée dans cinq salons new-yorkais relève des pics de solvants parfois comparables à l’industrie. Le sujet concerne surtout les employées.

En bref

  • Cinq salons ont montré des pics chimiques élevés
  • Les moyennes journalières cachent des expositions brèves intenses
  • La ventilation reste la protection la plus utile

Dans cinq salons de manucure de New York, l’air n’était pas seulement chargé. À certains moments, les concentrations de composés organiques volatils ont atteint des niveaux que le chercheur principal juge comparables à ceux de sites industriels manipulant des produits chimiques. Pour un secteur où les clientes dépensent plus de 7,4 milliards d’euros par an aux États-Unis (8 milliards de dollars), le contraste est rude.

Des pics bien au-dessus de la moyenne quotidienne

L’étude, publiée dans Risk Analysis, a suivi cinq salons entre avril 2023 et mars 2024. L’équipe d’Anthony Ierardi, de la CUNY School of Public Health, a utilisé un détecteur enregistrant une mesure chaque minute pendant les heures de travail, sur environ une semaine par salon.

C’est là que le sujet devient concret. La concentration moyenne d’air en solvants volatils atteignait 15,1 parties par million. Mais sur des fenêtres de 15 minutes, le pic médian montait à 31,4 ppm, et un salon a culminé à 113 ppm. Dit autrement, regarder seulement la moyenne de la journée sous-estime ce que respirent les salariées pendant certains gestes ou certaines périodes.

Quels produits se retrouvent dans l’air

Les substances surtout détectées étaient l’acétone, l’éthyl acetate, le methyl acetate et le n-butyl acetate. Les chercheurs ont aussi relevé des traces de benzene.

Sur ce dernier point, Anthony Ierardi a expliqué à ScienceAlert que les concentrations de benzene restaient faibles par rapport aux autres produits, mais que l’évaluation du risque suggérait, dans certaines conditions, un sur-risque potentiel de cancer à long terme. Important, quand même, l’étude n’apporte pas la preuve que des travailleuses développent effectivement un cancer à cause de ces expositions. Elle estime un risque théorique. Pas plus.

Pourquoi les salariées sont les plus concernées

Une cliente respire ces émanations le temps d’un rendez-vous. Une technicienne, elle, peut y être exposée des heures, jour après jour. C’est tout l’enjeu de l’exposition professionnelle.

Les masques chirurgicaux ou en tissu souvent portés en salon ne protègent pas contre ces fumées chimiques. L’étude rappelle que la ventilation reste la mesure la plus utile, même si son installation se heurte au coût, au bruit et au manque de place. Ouvrir portes et fenêtres, garder les contenants fermés autant que possible, puis jeter les matériaux imbibés dans des bacs couverts peut aussi limiter l’exposition.

Et les clientes ? Anthony Ierardi estime qu’il faudrait une analyse séparée pour mesurer précisément leur propre exposition. Mais il ajoute un point simple, presque de bon sens: soutenir les employées qui utilisent des équipements de protection et accepter des pratiques plus sûres en salon, sans leur mettre la pression. Pour vous, c’est peut-être un soin. Pour elles, c’est l’air de toute une journée.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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