Le déjà vu n’est généralement pas un bug du cerveau. Les neurosciences y voient plutôt un contrôle d’erreur, plus fréquent chez les jeunes, le stressés et les fatigués.
En bref
- Le déjà vu est souvent normal
- Stress et fatigue peuvent l’accentuer
- Le déjà vécu peut alerter
Le déjà vu inquiète souvent à tort. D’après Akira O’Connor, psychologue à l’Université de St Andrews, c’est le plus souvent un signe assez rassurant, celui d’un cerveau capable de repérer qu’une impression de familiarité sonne faux.
Un faux souvenir, mais un vrai contrôle
Environ 60 % des personnes disent avoir déjà ressenti un déjà vu au cours de leur vie. Pour les neurosciences, ce n’est pas seulement l’impression d’avoir déjà vécu une scène. Il y a aussi autre chose, plus subtil, la conscience que cette impression est probablement erronée.
Akira O’Connor le résume ainsi : « Le déjà vu est fondamentalement un conflit entre la sensation de familiarité et la conscience que cette familiarité est incorrecte ». Chez une personne en bonne santé, cette alerte interne évite justement de prendre ce faux signal pour un vrai souvenir. Bref, ce n’est pas un simple bug de mémoire.
Ce qui se passe dans le cerveau, sans modèle unique
Il n’existe pas aujourd’hui de modèle unique qui explique exactement le mécanisme. Mais plusieurs théories convergent. L’idée centrale, c’est qu’une région comme le lobe temporal envoie aux zones frontales du cerveau un message suggérant qu’une expérience passée se répète.
Les régions frontales, celles qui participent à la décision et à la vérification, passent alors ce signal au crible. Ai-je vraiment déjà été ici ? Ai-je un souvenir associé ? Si la réponse ne colle pas avec la réalité, la sensation de déjà vu apparaît. Pour Akira O’Connor, cela montre plutôt que les zones de vérification fonctionnent bien.
Fatigue, stress, dopamine, âge : qui en a le plus
Selon l’estimation d’Akira O’Connor, une personne en bonne santé vivrait en moyenne un déjà vu environ une fois par mois. Mais la fréquence varie. La fatigue et le stress semblent augmenter le phénomène, parce qu’un cerveau épuisé régule moins bien son activité neuronale.
Autre piste, la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans l’humeur mais aussi dans ces circuits de familiarité. Le chercheur explique que des médicaments dopaminergiques, comme certaines substances récréatives, sont souvent associés à davantage de déclarations de déjà vu.
L’âge joue aussi. Les jeunes en rapportent plus que les plus âgés. Ce n’est pas parce que leur mémoire dysfonctionne davantage, mais plutôt parce qu’ils auraient une activité cérébrale excitatrice plus marquée et un meilleur repérage des erreurs.
Quand ce n’est plus anodin
Mais il existe des cas où le phénomène change de nature. Akira O’Connor cite celui d’un homme en Finlande qui, après un mélange de médicaments contre le rhume connus pour stimuler certains neurones liés à la dopamine, a développé un déjà vu persistant. Le trouble a fini par cesser.
Plus préoccupant, le déjà vécu, cette impression constante d’avoir déjà vécu la situation présente. Là, le mécanisme de vérification se dérègle. Certaines personnes ont l’impression que tout se répète, jusqu’à arrêter de regarder la télévision parce que chaque épisode semble déjà vu. Chez des patients atteints de démence, cela peut signaler une aggravation. Pour vous, la différence pratique tient là : un déjà vu ponctuel est fréquent, un sentiment continu ne l’est pas.