Douleur thoracique, doses standard, examens rassurants à tort: des biais anciens continuent de pénaliser la santé des femmes en 2025.
En bref
- Les femmes restent souvent mal diagnostiquées
- La recherche médicale part encore des hommes
- Doses et tests ne sont pas toujours adaptés
En 2025, une femme qui arrive avec une douleur thoracique peut encore repartir avec une explication anxieuse, alors que les maladies cardiovasculaires restent la première cause de décès chez les femmes. Le plus troublant, c’est que cette erreur est connue depuis longtemps.
Une vieille erreur qui pèse encore
À la fin du XIXe siècle, William Osler, figure majeure de la médecine moderne, décrivait déjà des douleurs cardiaques sévères chez les hommes comme de l’angine de poitrine, mais chez des femmes comme une sorte de fausse angine liée à un tempérament nerveux. Plus de 120 ans après, ce réflexe n’a pas totalement disparu.
Or le corps féminin n’est pas une simple variante du corps masculin. Les femmes ne traitent pas la douleur de la même manière, leur réponse immunitaire diffère, elles éliminent plus vite certains agents infectieux et répondent souvent mieux aux vaccins. En contrepartie, elles sont plus exposées aux maladies auto-immunes comme le lupus, et représentent 80 % de ces cas.
La recherche part encore du corps masculin
Le problème commence bien avant l’hôpital. Pendant des années, les femmes ont été peu recrutées, parfois écartées des essais au nom de leur supposé potentiel reproductif, comme l’indiquait un rapport de la FDA en 1977.
Même le financement suit mal. Une étude de 2021 a montré que, dans 75 % des situations où une maladie touche surtout un sexe, l’argent public américain penchait vers des pathologies davantage masculines, plutôt que vers des maladies comme l’endométriose ou l’anorexie. Et dans les essais sur l’AVC ou les maladies cardiaques, les femmes restent souvent moins nombreuses, surtout dans certains groupes minoritaires.
Plus frappant encore, les souris de laboratoire sont souvent des mâles. L’idée selon laquelle les femelles seraient trop variables à cause de leur cycle reproductif a pourtant été contestée.
Des médicaments pas vraiment pensés pour elles
Une dose standard n’est pas neutre. Transit gastrique plus lent, masse grasse plus élevée, volume plasmatique plus bas, organes plus petits, circulation sanguine réduite dans certains organes, tout cela peut changer l’effet d’un médicament et sa vitesse d’élimination.
Une étude portant sur des dizaines de traitements, des antidépresseurs aux médicaments cardiovasculaires, a observé chez les femmes des concentrations sanguines plus élevées et une élimination plus lente. Résultat, presque deux fois plus de réactions indésirables. Dans The Lancet, une autre étude a même montré que, pour l’insuffisance cardiaque, les femmes avaient de meilleurs résultats avec la moitié des doses recommandées à l’international.
Quand les tests cherchent la mauvaise chose
Bon, il y a encore plus concret. L’angiographie coronaire repère surtout les artères bouchées. Sauf que les femmes présentent plus souvent d’autres causes, comme un spasme ou une déchirure d’artère. Elles ont ainsi plus souvent une angiographie normale, 10,5 % contre 3,4 % chez les hommes, même quand le flux sanguin vers le cœur est réduit.
Les modèles de risque oublient aussi des facteurs féminins comme le syndrome des ovaires polykystiques, la ménopause précoce, la pré-éclampsie ou l’accouchement prématuré. Et ce biais ne s’arrête pas au cœur. Pour un cancer du rein, un AVC, une sclérose en plaques ou une tumeur cérébrale, les femmes connaissent plus souvent retard ou erreur de diagnostic. Une étude de 2024 sur 22 000 comptes rendus d’hospitalisation a aussi montré qu’à douleur égale, elles recevaient moins d’antalgiques.
Concrètement, chez les deux sexes, les signes d’infarctus à surveiller restent d’abord la douleur ou pression thoracique et la douleur irradiant dans les bras, surtout le gauche, avec parfois essoufflement, sueurs, nausées, fatigue inhabituelle, vertiges ou douleurs au cou, au dos, à la mâchoire, à l’épaule ou au ventre. Ce que ça change pour vous : ces symptômes ne doivent pas être minimisés.