Les femmes jeunes sont bien plus souvent renvoyées des urgences pendant un infarctus. En cause, des symptômes encore mal lus par le système de soins.
En bref
- Les femmes jeunes sont plus renvoyées des urgences
- La douleur thoracique reste le signe central
- Le terme atypique peut retarder le diagnostic
Sept fois plus. C’est l’écart observé aux États-Unis entre les femmes de moins de 55 ans et les hommes quand un infarctus se joue aux urgences, avec un retour à domicile sans bilan cardiaque adapté. Vu comme ça, le sujet n’a rien d’un détail de vocabulaire.
Un écart de prise en charge qui se mesure
Dans des pays bien équipés comme l’Australie, des chercheurs estiment que jusqu’à 20 % des décès féminins liés à l’infarctus pourraient être évités si les patientes étaient prises en charge comme les patients. Ce n’est pas marginal. D’autant que la maladie cardiovasculaire reste aujourd’hui la première cause de décès chez les femmes aux États-Unis, avec une mortalité d’ampleur comparable à celle des hommes.
Le décalage continue pendant les soins. Les études citées montrent que, face à des symptômes d’infarctus, les femmes reçoivent moins souvent de l’aspirine, sont moins réanimées et bénéficient moins souvent d’un transport en ambulance avec priorité.
Le mot « atypique » brouille encore le diagnostic
Le problème tient en partie à un mot, atypique. Pendant des années, la cardiologie a rangé les symptômes féminins dans cette case parce qu’ils différaient parfois de ceux observés chez les hommes. Sauf qu’un symptôme qui concerne la moitié de la population n’a rien d’exceptionnel.
Les données plus récentes vont dans le même sens. Des études observationnelles et des essais prospectifs montrent que plus de 90 % des femmes comme des hommes rapportent une douleur thoracique pendant un infarctus. La différence, c’est l’ajout fréquent d’autres signes chez les femmes, nausées, essoufflement, fatigue, douleur à la mâchoire ou entre les omoplates. Résultat ? Le tableau devient plus facile à mal lire.
Selon Stephen Nicholls, qui dirige le Victorian Heart Hospital, il reste dans le public l’idée que le cœur serait d’abord un problème d’hommes. Il rappelle aussi que ces symptômes supplémentaires compliquent le diagnostic, même si les recommandations récentes leur accordent davantage de place.
Un modèle pensé d’abord pour les hommes
Ce biais porte même un nom, le syndrome de Yentl, forgé en 1991 par la cardiologue américaine Bernadine Healy. L’idée est simple, les femmes obtiennent plus facilement une prise en charge comparable quand elles ressemblent au modèle masculin de l’infarctus.
Et ce modèle a longtemps dominé la recherche. Pas mal de recommandations, y compris autour de l’aspirine, reposent sur des travaux anciens menés surtout chez des hommes. Des facteurs de risque propres aux femmes, comme la ménopause, le syndrome des ovaires polykystiques ou certaines complications de grossesse, restent souvent mal intégrés à l’évaluation clinique.
Pourquoi cela change concrètement pour les patientes
L’infarctus n’est pas toujours spectaculaire. Michelle O’Donaghue, du Brigham and Women’s Hospital et de Harvard Medical School, explique même, en parlant des crises cardiaques, « En réalité, elles sont souvent plus silencieuses et plus progressives, et c’est précisément pour cela qu’on les manque ». Chez les femmes, la douleur thoracique peut ressembler à une pression sourde, durer quelques minutes, puis s’estomper. Elle survient aussi plus souvent au repos ou pendant le sommeil.
Le cas de Barbara Collura l’illustre durement. Après plusieurs consultations, son diagnostic n’est tombé qu’à la troisième visite, alors qu’elle avait déjà fait un infarctus et qu’une artère était obstruée à 99 %. Ce que cela change pour vous est assez concret, une gêne thoracique nouvelle ou un essoufflement inexpliqué, même intermittent, mérite une prise en charge urgente. Et pas en prenant soi-même le volant.