Le thymus décline dès la puberté, mais l'âge du système immunitaire ne dépend pas que des années. Pollution, alimentation et cadre de vie pèsent lourd.
En bref
- Le thymus reste crucial à l’âge adulte
- L’immunité vieillit dès la puberté
- Pollution et alimentation peuvent accélérer le phénomène
En 2023, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a comparé 1 420 personnes ayant subi une ablation du thymus à plus de 6 000 autres, suivies pendant cinq ans. Le signal est net, même s’il ne prouve pas à lui seul une causalité absolue sur chaque cas individuel, l’ablation est associée à davantage de cancers, de maladies auto-immunes et de décès prématurés.
Le thymus, longtemps sous-estimé
Cette petite glande située au centre de la poitrine sert de centre d’entraînement aux lymphocytes T, des globules blancs chargés de repérer les agents infectieux, de participer à la lutte contre les cancers et d’orchestrer la réponse immunitaire. Pendant longtemps, pas mal de médecins l’ont pourtant considérée comme presque inutile chez l’adulte.
Chez l’enfant, sa position compliquait certaines chirurgies cardiaques, et on l’enlevait parfois sans réaction immédiate visible. Maxim Artyomov, de l’Université Washington de Saint-Louis, résume l’idée de l’époque ainsi : « On pensait que c’était un organe inutile, parce qu’on le retirait sans voir de réaction immédiate ».
Le vrai tournant arrive dès la puberté
Le point frappant, c’est le calendrier. La production thymique, autrement dit la libération de nouveaux lymphocytes T matures dans le sang, atteint son maximum à la puberté. Ensuite, le thymus rétrécit progressivement.
Avec l’âge, le stock de nouvelles cellules formées baisse fortement. Maxim Artyomov explique que chez une personne de 80 ans, cette production devient presque nulle, avec des niveaux très faibles de nouveaux lymphocytes T. Mais on ne vieillit pas tous pareil. Le vieillissement immunitaire avance à des vitesses différentes selon les individus.
L’environnement fatigue aussi les défenses
Le thymus ne raconte pas toute l’histoire. Shai Shen-Orr, du Technion, Institut israélien de technologie à Haïfa, rappelle que l’immunité est un système complexe, qu’on ne peut pas résumer à un seul marqueur.
Pendant des millénaires, les infections ont été le grand moteur de l’usure immunitaire. Aujourd’hui, les chercheurs regardent ailleurs aussi : pollution de l’air, microplastiques et pesticides peuvent surstimuler le système immunitaire jusqu’à l’épuiser. David Furman, du Buck Institute for Research on Aging en Californie, dit en substance que ces expositions poussent l’organisme dans un mode hyperréactif, avec davantage de protéines inflammatoires circulantes, une moins bonne réponse face aux cancers et des dégâts collatéraux dans les tissus.
Alimentation et lieu de vie changent la vitesse
L’autre levier, c’est le quotidien. Une consommation excessive de calories, surtout via des aliments à base d’ingrédients raffinés, des barres industrielles ou des plats préparés, favorise la graisse viscérale. Or ces cellules graisseuses peuvent aussi s’accumuler dans le thymus et gêner son fonctionnement.
Et l’effet du milieu de vie apparaît très tôt. Des chercheurs ont observé chez des enfants ayant grandi à Dhaka, au Bangladesh, des signes d’usure immunitaire bien plus rapides que chez des enfants vivant dans une zone aisée des États-Unis. Selon Shai Shen-Orr, le système immunitaire d’un enfant bangladais de 3 ans peut déjà ressembler à celui d’un adulte de 30 ans à Palo Alto. Résultat, la réponse aux vaccins n’est pas la même. Des tests commencent justement à rendre ce vieillissement visible. Et ça, pour le suivi de santé, peut changer pas mal de choses.