La myopie progresse vite, surtout chez les enfants. Les chercheurs comprennent mieux pourquoi l’œil s’allonge et ce qui peut freiner ce trouble.
En bref
- La myopie touche déjà près d’une personne sur trois
- L’œil s’allonge, parfois jusqu’à l’âge adulte
- Le temps dehors semble protéger
Près d’une personne sur trois dans le monde est déjà myope, et la proportion pourrait grimper à une sur deux d’ici à 2050, soit 4,8 milliards d’humains. On parle souvent de lunettes ou de lentilles. En réalité, l’enjeu est plus lourd, pour la santé comme pour l’économie, avec des coûts mondiaux de centaines de milliards d’euros chaque année.
Une anomalie très fréquente, avec un vrai risque derrière
Chez les personnes myopes, la vision de loin devient floue parce que la lumière se forme devant la rétine, et non dessus. Le trouble est très répandu, au point que Dr Sophie Coverdale, de l’Université de Bradford, juge le terme d’« épidémie mondiale » raisonnable au vu des projections.
Le sujet ne se limite pas au confort visuel. La myopie augmente le risque de décollement de rétine, de glaucome et de dégénérescence maculaire. Le danger monte encore avec la forte myopie, définie par une correction de moins six ou davantage. Environ 500 millions de personnes sont dans ce cas aujourd’hui, et ce nombre pourrait doubler en vingt-cinq ans. Résultat, la forte myopie pourrait devenir la première cause de cécité dans le monde.
Le problème n’est souvent pas le cristallin, mais la longueur de l’œil
La cause la plus fréquente n’est pas le cristallin placé à l’avant de l’œil. C’est la forme du globe oculaire. À la naissance, beaucoup d’enfants sont légèrement hypermétropes. Puis l’œil grandit, la mise au point se corrige et la croissance s’arrête, dans une boucle appelée emmétropisation.
Mais parfois, l’œil continue de s’allonger. Selon Dr Sophie Coverdale, « c’est cet allongement qui provoque la vision floue et augmente le risque de certaines maladies ». La myopie apparaît donc souvent pendant l’enfance, puis se stabilise après l’adolescence. Sauf que, dans les populations occidentales, un tiers ou plus des cas émergent au début de l’âge adulte. Une étude menée sur 147 étudiants a même montré qu’un cinquième avaient un globe oculaire plus long après un an et demi de suivi.
Les gènes comptent, mais ils n’expliquent pas l’explosion actuelle
Oui, il existe une part génétique. La myopie se retrouve dans certaines familles, et des centaines de variants ont été associés à ce trouble. Une étude publiée en 2021 avance même que la sélection naturelle pourrait ajouter 100000 cas par génération.
Mais à cette échelle, c’est trop peu. Et surtout, l’augmentation actuelle est beaucoup trop rapide pour être attribuée aux seuls gènes, qui évoluent sur des temps bien plus longs. Bon, il faut donc regarder l’environnement.
École intensive et manque d’extérieur, les deux pistes les plus solides
Plusieurs suspects ont été évoqués, comme le manque de vitamine D ou l’excès de sucre raffiné, puis écartés. Les données pointent plutôt deux facteurs. D’abord, l’éducation intensive. Prof Ian Morgan, de l’Australian National University à Canberra, a observé en Chine que des enfants de six ans déjà scolarisés étaient plus myopes que des enfants du même âge encore en maternelle. Même logique entre niveaux scolaires voisins, à âge égal.
Ensuite, le temps passé dehors. Dans une étude portant sur environ 4000 enfants de 51 écoles de Sydney, la myopie était plus fréquente chez ceux qui sortaient moins. Le phénomène s’est aussi aggravé pendant le Covid-19, quand les enfants sont restés davantage à l’intérieur. Les travaux cités par Ian Morgan montrent que la lumière extérieure pousse la rétine à libérer de la dopamine, un signal qui freine la croissance de l’œil. À Taïwan, la politique Tien-Tien 120, lancée en 2010 pour encourager au moins deux heures dehors par jour chez les enfants d’âge préscolaire, a fini par diviser la prévalence de la myopie par deux. Pour les familles, l’implication pratique est simple, sans promettre de miracle, le temps à l’extérieur compte vraiment.