La chute de cheveux touche très largement hommes et femmes. Les chercheurs comprennent mieux ses causes, mais gare aux promesses trop faciles.
En bref
- La perte de cheveux est très fréquente
- Stress, hormones, gènes et immunité comptent
- Les produits anti-chute ne se valent pas
80 % des hommes et 50 % des femmes connaissent une perte de cheveux à un moment de leur vie. Vu comme ça, on comprend vite pourquoi le sujet déborde des cabinets de dermatologie pour finir dans les rayons et sur les réseaux.
Une chute fréquente, pas toujours anormale
Sur un cuir chevelu, il y a environ 100 000 cheveux. Et perdre chaque jour 100 à 150 cheveux, ce n’est pas forcément un problème. Chaque fibre pousse depuis son propre follicule, selon un cycle en trois temps, une phase active qui dure de deux à huit ans, une courte phase de transition, puis une phase de repos de quelques mois avant la chute.
Le signal d’alerte arrive quand la repousse ne compense plus la perte. Résultat, les zones clairsemées deviennent visibles.
Stress, gènes, hormones, le mécanisme se précise
La chute de cheveux n’a pas une seule cause. Certaines maladies peuvent être en jeu. Sharon Stone, par exemple, a perdu des cheveux sur les côtés de la tête après un AVC. Alyssa Milano a, elle, raconté une chute après le Covid-19.
Mais le point le plus intéressant, c’est le stress. Des travaux menés d’abord chez l’animal, puis approfondis ces dernières années, montrent que les hormones du stress agissent sur des cellules situées à la base du follicule. Elles freinent l’activité d’un gène impliqué dans la croissance. Le follicule reste alors plus longtemps au repos et moins longtemps en phase active. Quand ce déséquilibre s’installe, la calvitie peut apparaître.
La génétique compte aussi, tout comme les hormones. Chez certaines personnes, les follicules deviennent plus sensibles aux hormones sexuelles mâles. Ils rétrécissent, puis finissent par ne plus produire de cheveux.
Quand le système immunitaire s’en mêle
Dans l’alopécie areata, des cellules immunitaires attaquent par erreur le follicule pileux. Cette forme toucherait environ 1 personne sur 1 000. Elle provoque des plaques de chute qui peuvent s’étendre et se rejoindre. Hommes, femmes, enfants, tout le monde peut être concerné.
Chez certaines femmes, une alerte encore très discutée
Autre forme, l’alopécie frontale fibrosante, qui fait reculer la ligne frontale de manière assez nette. Les premiers cas ont été signalés en Australie dans les années 1990 chez six femmes ménopausées. Aujourd’hui, même si l’incidence globale reste faible, autour de 1 cas sur 10 000, des dermatologues parlent d’une hausse marquée.
Andrew Messenger, à l’hôpital universitaire de Sheffield, évoque une piste environnementale. Il observe une corrélation entre cette alopécie et l’usage de produits pour le visage contenant un écran solaire, avec l’hypothèse de filtres UV en cause. Mais, clairement, on reste au stade de la théorie. Les bénéfices de la protection solaire contre les cancers cutanés, eux, sont établis.
Un marché énorme, et beaucoup de prudence
Le secteur des traitements contre la perte de cheveux pèserait environ 8 milliards d’euros (8,85 milliards de dollars). Sérums, mousses, huiles, sprays, avec romarin, caféine ou saw palmetto, l’offre est pas mal de fois plus impressionnante que les preuves avancées.
Desmond Tobin, du Charles Institute of Dermatology à University College Dublin et président du comité recherche d’Alopecia UK, le dit sans détour, internet regorge de choses sur lesquelles dépenser son argent et le terrain est propice aux remèdes douteux. Pour vous, l’enjeu concret est simple, ne pas confondre marketing et science, et demander un avis médical si la chute inquiète.