Prothèses articulaires et cerveau : ce que montre vraiment cette nouvelle étude

Cerveau traversé par une prothèse
Image d'illustration. Aucun déclin cognitif n’est prouvé. — ADN

Une étude américaine a repéré des particules métalliques d’implants articulaires dans le cerveau. Signal à surveiller, sans preuve à ce stade d’un déclin cognitif.

En bref

  • Des métaux d’implants ont été retrouvés dans le cerveau
  • Le cobalt ressort surtout après prothèse de hanche
  • Aucun lien direct avec déclin cognitif n’est prouvé

701 cerveaux analysés, dont 229 provenant de personnes ayant reçu une prothèse articulaire totale. C’est la base de travail de l’équipe du Rush University Medical Center, aux États-Unis, qui cherchait à savoir si des particules issues d’implants pouvaient quitter l’articulation, circuler dans l’organisme et atteindre le cerveau.

701 cerveaux passés au crible

Publiée dans Acta Biomaterialia, l’étude s’est penchée sur des remplacements de hanche, de genou ou d’épaule. Les chercheurs ont mesuré plusieurs métaux dans quatre régions cérébrales, notamment le cobalt et le titane. Sur une partie des échantillons, ils ont aussi utilisé la microscopie électronique pour repérer des particules individuelles et en identifier la composition.

Le point intéressant, c’est la méthode. Quand une particule retrouvée dans le cerveau présente la même combinaison métallique qu’un implant, l’équipe estime qu’elle ne vient pas d’une autre source. Robin Pourzal, ingénieur mécanique au Rush University Medical Center, rappelle que des dépôts autour des articulations étaient déjà connus. Là, on parle du cerveau. Ce n’est pas rien.

Le signal le plus net concerne le cobalt

Le résultat le plus solide concerne les prothèses de hanche. En moyenne, les personnes passées par cette chirurgie avaient une concentration cérébrale de cobalt supérieure de 8,9 % dans les quatre zones étudiées.

Les auteurs avancent que ces débris d’usure, produits par friction ou corrosion, peuvent franchir la barrière hémato-encéphalique. Ils ne l’ont pas observé directement, nuance importante. Deux pistes sont évoquées, une barrière plus perméable avec l’âge ou l’inflammation chronique, ou un transport des particules par des cellules immunitaires périphériques.

On retrouve aussi un signal pour le titane chez les personnes porteuses d’une prothèse. Mais là, prudence quand même. Le titane peut venir d’autres sources, y compris l’alimentation ou certains médicaments.

Des associations, pas une preuve de cause

L’équipe a aussi recherché les anomalies de protéines amyloïde-bêta et tau, les marqueurs classiques de la maladie d’Alzheimer. Résultat, le fait d’avoir une prothèse n’était pas associé à une pathologie d’Alzheimer plus importante.

En revanche, des concentrations cérébrales plus élevées de cobalt étaient associées à davantage de dépôts protéiques dans le cortex temporal inférieur, même après prise en compte d’autres facteurs de risque connus d’Alzheimer. Mais, et c’est le point à garder en tête, les chercheurs n’ont pas trouvé de corrélation avec un déclin cognitif mesuré avant le décès. Pour le titane, des niveaux cérébraux plus élevés étaient liés à de moins bonnes performances cognitives, sans qu’on puisse dire que l’implant en est la cause.

Bref, l’étude ouvre une vraie question de santé cérébrale, sans renverser ce qu’on sait déjà. Les prothèses articulaires restent des interventions très efficaces contre la douleur et pour la mobilité, deux éléments eux-mêmes liés à un risque plus faible de démence. Ce travail dit surtout une chose, il faudra surveiller de plus près l’effet à long terme des débris métalliques.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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