Sans ce gène, l’embryon humain s’oriente mal dès les premiers jours

Instruments scientifiques analysant des données ADN en laboratoire
Image d'illustration. Vue détaillée d instruments analytiques en évaluation génétique — ADN

Une étude publiée dans Nature confirme que le gène NANOG est crucial chez l’humain, mais pas exactement comme chez la souris.

En bref

  • NANOG est essentiel au développement embryonnaire humain
  • L’étude utilise des embryons humains normaux au niveau développemental
  • Résultat mécanistique, pas clinique à ce stade

On s’appuie beaucoup sur la souris en biologie du développement. Cette fois, l’écart avec l’humain n’est pas un détail. Une étude menée par Kathy Niakan, à l’Université de Cambridge, montre que le gène NANOG est bien indispensable au tout début du développement de l’embryon humain, mais pas exactement de la même manière que chez la souris.

La souris montrait la voie, pas la preuve

Chez la souris, on savait déjà que NANOG joue un rôle clé dans l’apparition des premières cellules qui formeront l’embryon. Ce gène code une protéine du même nom, un facteur de transcription chargé d’allumer ou d’éteindre certains gènes au bon moment, pour que les bonnes protéines soient produites en bonne quantité.

Mais entre souris et humains, la ressemblance a ses limites. On partage beaucoup de traits biologiques, pas tout. Et dans ce domaine, vérifier directement chez l’humain reste compliqué pour des raisons éthiques évidentes.

Des embryons humains normaux, et une méthode plus précise

L’équipe internationale a donc travaillé sur de vrais embryons humains, soit donnés dans le cadre de programmes d’assistance à la conception et de partage d’ovocytes, soit créés à partir de gamètes de donneurs. Point important, il ne s’agissait pas d’embryons tripronucléaires, souvent utilisés en recherche, mais anormaux sur le plan chromosomique et du développement.

C’est même, selon les chercheurs, la première fois que l’édition de base est étudiée dans des embryons humainement normaux, sans développement au-delà de 14 jours. Plutôt que d’utiliser CRISPR/Cas9, qui coupe l’ADN et peut entraîner des modifications hors cible ou des réarrangements, ils ont choisi le base editing. La technique modifie une seule lettre du code génétique, ce qui permet ici d’altérer NANOG sans autres changements non souhaités.

Quand NANOG est coupé, l’embryon change de priorité

Le résultat est net. Une fois NANOG inactivé, les cellules de l’épiblaste pluripotent ne parviennent plus à devenir des cellules souches embryonnaires. Elles sont réorientées vers la formation du sac vitellin ou de cellules placentaires.

En gros, l’embryon consacre ses ressources à son système de soutien plutôt qu’aux briques d’un futur fœtus. Et c’est là que la différence avec la souris apparaît clairement, NANOG ne semble pas essentiel au développement du sac vitellin chez l’humain.

Une avancée de mécanisme, pas un usage clinique

Publié dans Nature, le travail peut nourrir la recherche sur le développement précoce, les cellules souches et, peut-être plus tard, certaines technologies de reproduction. Mais pas de raccourci. Dusko Ilic, du King’s College London, qui n’a pas participé à l’étude, rappelle que sa valeur immédiate est mécanistique, pas clinique. Il ajoute que le travail montre le potentiel de l’édition de base comme outil de recherche, sans démontrer que l’édition embryonnaire est sûre en pratique médicale.

Même prudence sur l’infertilité, l’échec d’implantation ou les pertes de grossesse, le lien reste prospectif. Pour Robin Lovell-Badge, du Francis Crick Institute, mieux comprendre les premières étapes du développement embryonnaire humain peut quand même aider à réduire la détresse, la déception et parfois des troubles très lourds. C’est sans doute là que cette étude compte le plus, aujourd’hui.

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