Santé mentale des soignants, l’alerte européenne dépasse la pandémie

Infirmière organisant des fournitures médicales
Image d'illustration. Infirmière organisant des fournitures médicales — ADN

Une vaste enquête menée dans 29 pays européens relie horaires lourds, violences et détresse psychique chez médecins et infirmiers.

En bref

  • 90 171 soignants interrogés en Europe
  • 30% ont des symptômes dépressifs
  • Le travail pèse lourd dans les résultats

Plus de 90 000 soignants interrogés dans 29 pays européens, et un constat qui reste lourd, même loin de la phase aiguë du Covid-19. L’enquête a été menée entre octobre 2024 et avril 2025 auprès de médecins et d’infirmiers. Elle montre que la santé mentale du personnel ne se joue pas seulement au niveau individuel, mais aussi dans l’organisation du travail.

Une photographie rare à l’échelle européenne

Publiée dans The Lancet Regional Health – Europe, l’étude repose sur 90.171 questionnaires recueillis dans les 27 pays de l’Union européenne, ainsi qu’en Islande et en Norvège. Le travail est porté par des chercheurs du CIBERSAM et de l’Université autonome de Madrid, dans le cadre du projet MeND, piloté avec le centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en services de santé mentale.

Ce n’est pas anecdotique. Par sa taille, l’étude compte parmi les plus vastes menées en Europe sur les liens entre conditions de travail et état psychique des soignants.

Des chiffres qui disent une vraie usure psychique

Les résultats sont nets. Environ 30% des professionnels interrogés présentent des symptômes compatibles avec une dépression, 23% avec une anxiété, 13% déclarent des pensées suicidaires, et 3% montrent une dépendance à l’alcool.

On parle ici de médecins et d’infirmiers, pas d’un groupe marginal particulièrement exposé. C’est ce qui frappe. L’étude ne dit pas que chaque cas découle mécaniquement du travail, mais elle met en évidence des associations fortes entre environnement professionnel et dégradation psychique.

Horaires, nuits, délais, violences, le même mécanisme revient

Chez les médecins, 28% travaillent plus de 50 heures par semaine. Et 35% d’entre eux, ainsi que 39% des infirmiers, effectuent plus d’un service de nuit hebdomadaire. À cela s’ajoute une pression de temps massive, puisque 91% du personnel médical et 88% du personnel infirmier disent travailler avec des délais serrés.

La violence au travail ressort aussi très clairement. Elle a touché 10% des médecins et 18% des infirmiers sous forme de violence physique. Un participant sur trois rapporte des menaces violentes. Le harcèlement ou bullying concerne 27% des médecins et 34% des infirmiers.

Les chercheurs José Luis Ayuso-Mateos et Roberto Mediavilla relèvent que les longues journées, les nuits, les délais tendus et les violences professionnelles vont de pair avec davantage de symptômes dépressifs, d’anxiété et de pensées suicidaires. Dans les analyses ajustées, le bullying est associé à une prévalence environ 90% plus élevée de symptômes dépressifs et 94% plus élevée de pensées suicidaires.

Ce qui semble protéger les équipes

Tout n’est pas fermé. Le soutien des collègues et des responsables, une plus grande marge d’influence sur son propre travail, ainsi que des protocoles de prévention du stress, du harcèlement et de la violence, sont associés à de meilleurs résultats.

Concrètement, cela ramène à des leviers très simples à comprendre, même s’ils sont difficiles à mettre en place, réduction des charges excessives, meilleure organisation des horaires, prévention des violences et renforcement de l’appui dans les équipes. Bref, pour les soignants, la santé mentale se joue aussi dans les plannings, les effectifs et le climat de travail.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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