Santé mentale, suicide : un écart net pour les personnes LGBTQIA+

Adolescent réfléchissant à un smartphone avec des livres autour
Image d'illustration. Adolescente pensive avec smartphone entouré de livres — ADN

Une vaste revue publiée dans World Psychiatry confirme un sur-risque de dépression et de tentatives de suicide chez les personnes LGBTQIA+.

En bref

  • Risque de dépression environ doublé
  • Tentatives de suicide 2,5 fois plus fréquentes
  • Des écarts aussi au sein du collectif

Ce n’est pas une alerte lancée à partir d’un seul échantillon. L’étude publiée dans World Psychiatry rassemble les données disponibles à l’échelle internationale et confirme un point qui, quand même, revient avec insistance dans la littérature scientifique: les personnes LGBTQIA+ font face à des inégalités de santé mentale nettes par rapport aux personnes hétérosexuelles.

Une synthèse mondiale qui confirme un écart lourd

Le résultat le plus solide concerne la dépression. Chez les personnes lesbiennes, gays et bisexuelles, le risque de troubles dépressifs est environ deux fois plus élevé, aussi bien à l’adolescence qu’à l’âge adulte. Les auteurs, dont Vincenzo Oliva de l’Institut d’Investigacions Biomèdiques August Pi i Sunyer (IDIBAPS), ont compilé ce que montrent les travaux menés dans le monde.

Pour la conduite suicidaire, l’écart est encore plus marqué. La revue conclut à un risque de tentative de suicide 2,5 fois plus élevé chez les personnes lesbiennes, gays et bisexuelles que chez les personnes hétérosexuelles. Résultat, on parle ici d’un différentiel de risque majeur, pas d’une variation marginale.

Le contexte social revient comme facteur clé

Les chercheurs ne présentent pas ces écarts comme sortis de nulle part. Vincenzo Oliva explique que les personnes LGBTQIA+ peuvent encore être confrontées à la discrimination à l’école, au travail, dans la famille, ou même au moment de demander de l’aide. L’accumulation de ces expériences, selon lui, peut nourrir un stress constant et favoriser ensuite des problèmes comme l’anxiété ou la dépression.

Ce point compte, parce qu’il évite un contresens fréquent. L’étude décrit des inégalités observées. Elle ne réduit pas ces difficultés à une caractéristique individuelle, elle les replace dans un environnement social.

Le collectif n’est pas homogène

Parler des personnes LGBTQIA+ comme d’un bloc unique masque une partie du sujet. La revue montre par exemple que les personnes bisexuelles présentent davantage de symptômes anxieux et un risque plus élevé d’automutilations non suicidaires que les personnes lesbiennes ou gays.

Bref, il existe un écart avec la population hétérosexuelle, mais aussi des différences internes au collectif. C’est un point très concret pour la recherche comme pour le repérage clinique.

Des signaux aussi du côté des troubles alimentaires

Les auteurs élargissent aussi le regard au-delà de la dépression, de l’anxiété et du suicide. Chez les adolescents, les garçons gays rapportent plus souvent que les garçons hétérosexuels des comportements de régime et des conduites purgatives, c’est-à-dire des méthodes inappropriées utilisées pour maigrir.

Ce que l’étude ne couvre pas encore bien

Pour Eduard Vieta, responsable d’un groupe de recherche à l’IDIBAPS et directeur de l’Institut de neurosciences de l’Hospital Clínic, ces résultats sont un signal clair qu’il faut améliorer la prise en charge. Un problème persiste: certaines études ne demandent même pas l’orientation sexuelle des participants, ce qui peut rendre ces inégalités invisibles.

Et les angles morts restent nombreux. Les données proviennent surtout des États-Unis et de l’Europe, avec moins d’éléments pour l’Asie ou l’Amérique du Sud. Les chercheurs disent aussi manquer de matière solide sur les inégalités possibles face à des troubles mentaux graves comme la schizophrénie ou le trouble bipolaire. Pour vous, l’enjeu est simple: mieux mesurer, c’est déjà mieux voir où la prise en charge doit progresser.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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