Solitude, santé, argent, écrans : ce que la recherche éclaire

Solitude depression
Image d'illustration. Solitude depression — ADN

La solitude ne se résume pas au fait d’être seul. Des études récentes montrent ce qui l’alimente vraiment, et ce qui peut parfois l’atténuer.

  • La solitude n’est pas l’isolement social
  • La vidéo semble aider davantage
  • Santé mentale et argent pèsent lourd

Un adulte sur six dans le monde est touché par la solitude. Et le point le plus utile, pour vous comme pour les chercheurs, est peut-être celui-ci : on peut être très entouré et se sentir seul quand même.

Être seul ne suffit pas à expliquer la solitude

Pour Valerie Jones ou Roger O’Sullivan, il faut séparer deux choses. L’isolement social, on le mesure assez facilement, par exemple avec le fait de vivre seul ou le nombre de contacts. La solitude, elle, est subjective. Elle se capte par des questionnaires, comme l’échelle UCLA, où les participants disent s’ils ont l’impression de n’avoir personne à qui parler ou s’ils supportent mal d’être seuls.

Cette nuance change tout. Dans une étude britannique citée par O’Sullivan, environ 4 500 personnes étaient soit isolées, soit seules. Le chevauchement entre les deux groupes n’atteignait qu’environ 9 %. Résultat ? La plupart des personnes qui se disaient seules n’étaient pas, objectivement, coupées des autres.

Quand un assistant vocal recrée un lien

C’est là que l’essai mené à l’université du Nebraska-Lincoln devient intéressant. Jones a suivi 34 personnes de plus de 50 ans, vivant seules. Chacune devait utiliser un appareil Amazon Echo au moins 30 minutes par jour, pour discuter, méditer, jouer, écouter des blagues ou passer des appels vidéo.

Parmi eux, Richard, célibataire, sans enfant, avec un léger trouble cognitif. Un jour, grâce à la vidéo, il a appelé sa nièce en plein travail dans sa moissonneuse-batteuse. Valerie Jones raconte : « C’était magnifique ». Elle ajoute : « Son visage s’est illuminé. Il ne l’avait pas vue depuis si longtemps ».

Sur trois mois, l’étude montre une petite baisse du sentiment de solitude. Elle est plus marquée chez ceux qui avaient un modèle avec vidéo, plutôt qu’un simple appareil audio. Pas de remède miracle, mais un signal.

Les écrans peuvent aider, ou aggraver

Mais la technologie a deux faces. Le rapport 2023 du Surgeon General américain cite les smartphones, les réseaux sociaux, la réalité virtuelle ou l’IA parmi les outils susceptibles d’abîmer les liens sociaux. Jones le reconnaît elle-même, la technologie peut éloigner des relations humaines, tout en facilitant certaines connexions.

Et tout ne se vaut pas. Une enquête de 2025 auprès de plus de 1 600 jeunes adultes associe plus de temps passé à regarder la télévision, jouer ou être en ligne à davantage de solitude. En revanche, Facebook et Instagram n’avaient pas d’effet mesurable, tandis que WhatsApp semblait plutôt protecteur.

Santé mentale et manque d’argent, deux facteurs qui reviennent

Pendant la pandémie, l’équipe de Roger O’Sullivan a interrogé plus de 20 000 personnes dans 101 pays. La solitude sévère est passée de 6 % à 21 %. Et deux facteurs ressortaient de façon nette : une santé mentale dégradée et des moyens financiers insuffisants.

Le reste varie beaucoup selon les parcours, avec le deuil, le chômage, le handicap ou la maladie chronique. Bref, ce que ces travaux changent, c’est la grille de lecture. Si vous voulez comprendre la solitude, il faut regarder à la fois le lien social, l’état psychique, l’argent et l’usage concret des écrans.