Sommeil, apnée, quétiapine : le signal qui inquiète les médecins

Image d'illustration. Étagères de laboratoire avec médicamentsADN
Une petite étude relance les doutes sur la quetiapine utilisée pour dormir. Chez des patients avec apnée du sommeil, l’effet du lendemain pose problème.
En bref
- La quétiapine a dégradé vigilance et conduite simulée
- L’étude portait sur 15 patients avec apnée
- Les chercheurs demandent plus de prudence
Le signal le plus gênant n’est pas la nuit. C’est le matin d’après. Une équipe de Flinders University, en Australie, rapporte qu’une faible dose de quétiapine, parfois utilisée pour aider à dormir, a certes prolongé le sommeil chez des patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil, mais avec un coût très concret sur la vigilance.
Le vrai problème n’apparaît pas pendant la nuit
Dans cet essai clinique, 15 personnes qui avaient à la fois une apnée obstructive du sommeil et des difficultés à rester endormies ont reçu une nuit de quétiapine, puis une nuit de placebo. Les participants ont dormi plus longtemps et se sont moins réveillés. Vu comme ça, on pourrait s’arrêter là. Mauvaise idée.
Le lendemain, les performances se dégradaient nettement. Sur un test psychomoteur de 10 minutes, les temps de réaction étaient plus lents sous quétiapine. Les pertes d’attention, elles, passaient d’une médiane de 2 sous placebo à 10 sous quétiapine. Dans le simulateur de conduite, l’écart moyen par rapport au centre de la voie augmentait de 33%.
Et ce n’est pas tout. Le nombre d’accidents simulés a presque doublé, même si l’effectif réduit empêche de dire avec certitude que ce résultat n’est pas dû au hasard.
Pourquoi l’apnée du sommeil change complètement la lecture
L’apnée du sommeil la plus courante survient quand les voies aériennes supérieures se bouchent par moments pendant le sommeil. Les symptômes, vous les connaissez parfois sans les nommer, ronflements, maux de tête au réveil, grande fatigue le lendemain. Près d’un milliard de personnes seraient concernées.
Le point clé, c’est la confusion possible avec l’insomnie. On estime qu’environ 80% des personnes souffrant d’apnée du sommeil ne sont pas diagnostiquées. Comme cette maladie peut provoquer des réveils fréquents et une difficulté à rester endormi, elle ressemble parfois à une simple insomnie. Du coup, certains patients peuvent prendre un médicament qui améliore l’impression de sommeil, alors que leur attention baisse le lendemain.
Un médicament prescrit hors indication, pas forcément anodin
La quétiapine, vendue notamment sous le nom Seroquel, est d’abord un antipsychotique autorisé dans la schizophrénie et le trouble bipolaire. Mais à plus faible dose, elle est aussi prescrite hors indication contre l’insomnie. Cricket Fauska, première autrice de l’étude, explique qu’il existe une idée de plus en plus répandue selon laquelle ces faibles doses seraient presque sans risque pour dormir. Ses résultats, dit-elle, racontent une histoire plus compliquée.
Plus troublant encore, certains participants ne se sentaient pas particulièrement somnolents le lendemain alors que les tests objectifs étaient moins bons. Cricket Fauska résume ce décalage ainsi : « Le décalage entre la façon dont les gens se sentent et la façon dont ils fonctionnent réellement pose un risque sérieux pour la sécurité, surtout lorsqu’il s’agit de conduire. »
Ce que l’étude montre, et ce qu’elle ne peut pas encore dire
Les chercheurs ne disent pas que la quétiapine est toujours dangereuse. Ils rappellent qu’un usage hors indication peut se défendre si le bénéfice attendu l’emporte sur le risque. Mais Danny Eckert, aussi à Flinders University, estime que ce traitement ne devrait pas devenir un réflexe chez les personnes ayant une apnée connue, ou même possible, surtout quand l’état d’alerte du lendemain compte.
L’étude, publiée dans les Annals of the American Thoracic Society, reste petite et très courte, une seule nuit sous traitement, une seule nuit sous placebo. Il faudra donc des essais plus larges, avec plusieurs doses et un suivi plus long. Ce que ça change pour vous, quand même, est simple : derrière un médicament pris pour mieux dormir, il peut y avoir un effet du lendemain qu’on ne ressent pas forcément, mais que les tests, eux, voient très bien.
