Des chercheurs ont conçu un côlon sur puce à partir de cellules de patients. Le modèle montre un rôle clé des fibroblastes dans l’inflammation.
En bref
- Une puce reproduit mieux les MICI humaines
- Les fibroblastes semblent aggraver l’inflammation
- Le modèle éclaire aussi le risque de cancer
On pensait surtout aux cellules immunitaires. Cette fois, ce sont les fibroblastes qui attirent l’attention. Dans un modèle de côlon sur puce mis au point par des chercheurs de l’université Harvard, ces cellules de soutien prélevées chez des patients atteints de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique suffisent à faire basculer un tissu intestinal sain vers un comportement de tissu malade.
Des cellules de soutien qui ne soutiennent pas seulement
Le résultat est assez net. En associant, sur la même puce, des fibroblastes de patients et des cellules intestinales pourtant saines provenant des mêmes personnes, l’équipe a observé une barrière intestinale plus perméable et des réponses inflammatoires plus fortes.
Autrement dit, ces fibroblastes n’ont pas joué les figurants. Ils semblent participer directement à l’inflammation et à l’affaiblissement de la protection du côlon. C’est un cran plus loin que des travaux publiés en 2022 dans PLOS Biology, qui montraient déjà que ces cellules adoptaient un état inflammatoire pendant l’inflammation chronique.
Un côlon sur puce plus proche du vrai tissu humain
Ce qui change ici, c’est l’outil. Publiée dans Nature Biomedical Engineering, l’étude repose sur un dispositif baptisé Colon Chip. Il combine des cellules épithéliales et stromales dérivées de patients, des cellules immunitaires circulantes, mais aussi des forces mécaniques proches de celles du corps humain.
Et ce détail compte. Les cultures cellulaires classiques isolent des morceaux du problème. Les modèles animaux, eux, reproduisent mal ce qui se passe dans l’intestin humain. Alican Özkan, premier auteur de l’étude, explique que ce système permet de disséquer la contribution de chaque composant de la maladie, seul ou en combinaison.
Grossesse et mouvements intestinaux, deux facteurs enfin testables
Les chercheurs ont aussi recréé l’étirement doux provoqué par les mouvements intestinaux. Sur les puces construites à partir de tissus de patients atteints de MICI, ces contraintes mécaniques ont encore renforcé les réponses inflammatoires et fibreuses.
Même logique avec les hormones liées à la grossesse. Quand les puces fabriquées à partir de cellules de patientes y ont été exposées, l’équipe a vu davantage d’inflammation et plus de dépôt de collagène, un marqueur associé à la fibrose, donc à la cicatrisation anormale du tissu.
Pourquoi cela compte aussi pour le risque de cancer colorectal
L’équipe s’est enfin penchée sur une complication lourde des MICI, le cancer colorectal. Après exposition au cancérogène ENU, les puces malades ont présenté des changements moléculaires liés au cancer bien plus marqués que les puces saines.
Mais le point le plus frappant, c’est ailleurs. Un tissu intestinal sain n’a commencé à exprimer des marqueurs précoces associés au cancer qu’au contact de fibroblastes issus de patients. Pour vous, la portée pratique est simple. On ne parle pas d’un nouveau traitement, pas encore, mais d’un modèle humain qui aide enfin à comprendre pourquoi la maladie s’aggrave différemment d’un patient à l’autre.