Une revue publiée dans The Lancet relance une question sensible : des protéines liées à Alzheimer peuvent-elles passer par le sang ?
En bref
- Une hypothèse, pas une preuve
- Le sang reste considéré sûr
- De nouvelles études sont réclamées
Les transfusions sanguines sauvent des vies. C’est justement pour ça que le moindre doute sérieux mérite d’être regardé de près. Une revue publiée dans The Lancet relance une question délicate, la possible transmission par le sang de protéines amyloïde-bêta, associées à la maladie d’Alzheimer.
Pourquoi cette piste revient au premier plan
Chez beaucoup de patients, Alzheimer reste considéré comme une maladie dite sporadique, influencée notamment par l’âge, la génétique et le mode de vie. Mais des chercheurs, dont le neurologue John Collinge à University College London, examinent aussi une autre piste, celle d’une pathologie qui pourrait, dans certains cas, se transmettre comme une sorte d’agent biologique.
Bon, on parle ici d’une hypothèse, pas d’un fait démontré. L’équipe estime néanmoins qu’il faut explorer à fond tout risque potentiel pour rendre les transfusions aussi sûres que possible.
Les indices accumulés depuis près de dix ans
Un travail publié en 2018 avait déjà suggéré que des instruments chirurgicaux contaminés pouvaient transmettre entre patients des protéines liées à Alzheimer. L’idée ressemble à ce que l’on connaît avec les prions, ces protéines anormales capables d’entraîner le mauvais repliement d’autres protéines saines.
Avant cela, des études parues en 2015 puis en 2016 avaient apporté les premiers indices en conditions réelles d’une possible transférabilité d’une pathologie amyloïde entre humains lors d’actes médicaux. Pris séparément, aucun de ces travaux ne tranche. Ensemble, ils dessinent quand même une question scientifique assez nette.
L’étude scandinave qui a fait basculer le débat
Le vrai tournant date de 2023. Une grande étude de population menée au Danemark et en Suède, sur plus d’un million de personnes, a montré que des receveurs de sang provenant de donneurs ayant développé plus tard des hémorragies intracérébrales présentaient eux-mêmes davantage de récidives de saignements cérébraux, des années après.
Pourquoi c’est important ? Parce que ces hémorragies spontanées sont un signe typique de l’angiopathie amyloïde cérébrale, ou CAA, une maladie distincte d’Alzheimer mais elle aussi liée à l’amyloïde-bêta. Pour l’équipe de John Collinge, l’explication biologiquement la plus plausible est la présence, dans le sang des donneurs, de graines amyloïdes encore silencieuses au moment du don.
Mais la prudence reste de mise. Cette association ne prouve pas à elle seule une causalité.
Ce que les chercheurs demandent maintenant
Les auteurs réclament d’abord de nouvelles analyses épidémiologiques de grande ampleur, sur le modèle scandinave. Ils évoquent aussi une surveillance renforcée de certains patients, par exemple ceux qui reçoivent des transfusions répétées, et l’étude de biomarqueurs sanguins pouvant repérer des donneurs à risque.
L’arrière-plan pèse lourd. L’enquête britannique Infected Blood Inquiry, publiée en 2024, a réexaminé le scandale du sang contaminé au Royaume-Uni, avec plus de 30 000 patients potentiellement infectés entre les années 1970 et 1990. Le message est simple, attendre une certitude absolue peut coûter cher en sécurité sanitaire.
De son côté, Susan Kohlhaas, de Alzheimer’s Research UK, estime que cette revue met surtout en lumière un manque de connaissances important. Pour vous, concrètement, ça ne veut pas dire que les transfusions sont soudain dangereuses. Ça veut dire qu’un risque aujourd’hui jugé faible doit être mieux mesuré, avec transparence, pour éviter de découvrir trop tard ce qu’on aurait pu tester plus tôt.