Alzheimer : une piste précise éclaire enfin la mort des neurones

Neurones en action
Image d'illustration. Neurones du cerveau en action — ADN

Une étude identifie une chaîne chimique qui pourrait expliquer la mort de cellules cérébrales dans Alzheimer et certaines démences. Un cap important, pas encore un traitement.

En bref

  • Une nouvelle voie de mort neuronale est décrite
  • Le noyau cellulaire se désagrège dans la karyoptose
  • Une cible thérapeutique possible apparaît

Comprendre pourquoi les neurones meurent dans Alzheimer change tout. Tant qu’on ne sait pas précisément comment la cellule bascule, on peut difficilement espérer la sauver plus longtemps. Une équipe du King’s College London, dans une étude publiée par Nature Communications, décrit justement un mécanisme qui manquait au puzzle.

Pourquoi cette découverte compte vraiment

La perte de cellules cérébrales alimente une bonne partie des symptômes des démences. Rebecca Casterton, neuroscientifique au King’s College London, explique que ce sont bien cette mort et cette disparition des cellules qui font progresser la maladie au quotidien.

Jusqu’ici, les chercheurs connaissaient plusieurs façons pour une cellule de mourir, dont l’apoptose, une sorte d’autodestruction programmée. Mais cela ne collait pas complètement avec ce qu’on observe dans les maladies neurodégénératives. Et c’est là que cette nouvelle piste devient intéressante.

Une mort cellulaire d’un genre particulier

Le mécanisme repéré s’appelle karyoptose. En gros, le noyau de la cellule, son centre de commande, se dégrade puis s’effondre.

Les chercheurs montrent que ce phénomène démarre quand des déchets toxiques, notamment des protéines, s’accumulent plus vite que la cellule ne peut les éliminer. Une enzyme, la p38 MAP kinase, marque alors pour destruction une protéine de soutien appelée LaminB1. Résultat, le noyau se désintègre et expulse son contenu interne.

Ce que montrent les expériences

L’équipe a travaillé sur des cellules cérébrales humaines et de rat. En bloquant leur système d’évacuation des déchets pour provoquer l’accumulation de protéines, elle a vu se déclencher cette chaîne chimique précise.

Le point le plus solide, quand même, vient de l’étape suivante. Quand les chercheurs ont bloqué p38 MAPK, l’accumulation toxique ne diminuait pas, mais la désintégration du noyau et la destruction cellulaire étaient nettement retardées. Manolis Fanto, du King’s College London, y voit une cible possible pour ralentir la mort des cellules et laisser plus de temps à d’autres thérapies, plus ciblées.

Des indices chez des patients, et la suite

L’équipe a aussi analysé 3 000 cellules cérébrales provenant de 28 patients décédés avec une maladie d’Alzheimer ou une démence frontotemporale. Dans le cortex frontal, 35 % des cellules montraient des signes de karyoptose, contre 15 % chez des personnes du même âge sans ces maladies.

Ce chiffre ne veut pas dire que toute la démence s’explique ainsi. Corrélation n’est pas causalité, et les démences restent très complexes. Mais pour Sara Rodrigues, d’Alzheimer’s Research UK, qui a soutenu l’étude, l’identification de cette voie ouvre une fenêtre utile pour des traitements capables de freiner la perte cellulaire.

Pour vous, l’implication est simple. Ce n’est pas un remède. Mais c’est une étape sérieuse vers des traitements qui chercheraient non seulement à agir sur les protéines toxiques, mais aussi à retarder la mort des neurones.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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