Une étude montre que des personnes atteintes d’aphantasie voient des images en rêve, sans pouvoir les former éveillées. Le lien varie fortement selon les sens.
En bref
- Des personnes aphantasiques voient parfois en rêve
- Le lien avec l’imagination éveillée varie beaucoup
- L’étude repose sur 205 questionnaires
Ne pas pouvoir former d’image mentale en pleine journée, puis voir des visages ou des lieux pendant son sommeil, voilà le paradoxe étudié par des chercheurs de l’University of Queensland et de l’University of Bonn. Leur travail, publié dans Scientific Reports, rappelle une chose simple : l’aphantasie ne se vit pas de la même façon chez tout le monde.
Le paradoxe des images qui reviennent la nuit
L’aphantasie désigne l’incapacité à produire volontairement des images mentales. Vous pensez à un proche, mais aucun visage n’apparaît. Chez certaines personnes, cette absence disparaît pourtant pendant les rêves. Chez d’autres, non.
Les chercheurs ne se sont pas limités à la vision. Ils ont aussi regardé les sons, les odeurs, le goût, le toucher, la sensation de mouvement et la parole intérieure, c’est-à-dire le fait d’entendre des mots dans sa tête. Résultat, les correspondances entre l’éveil et le sommeil changent beaucoup selon les individus.
Une étude née d’une expérience très personnelle
Le point de départ est assez rare dans la recherche, et intéressant quand même. Deux auteurs, Derek Arnold et Loren Bouyer, tous deux à l’University of Queensland en Australie, disent vivre avec une aphantasie depuis toujours.
Leurs rêves ne se ressemblent pas. Et leurs capacités non visuelles non plus. Derek Arnold rapporte pouvoir imaginer des sons, Loren Bouyer des sensations tactiles, mais aucun des deux ne peut fabriquer volontairement une image mentale. Avec Merlin Monzel, de l’University of Bonn en Allemagne, ils ont voulu voir si cette diversité existait à plus grande échelle.
Ce que les 205 réponses racontent vraiment
L’équipe a analysé des questionnaires en ligne remplis par 205 personnes. Selon leurs scores d’imagerie visuelle, 84 participants ont été classés dans le groupe avec aphantasie visuelle, contre 121 dans un groupe de comparaison.
Les volontaires devaient imaginer des situations concrètes, par exemple le souvenir d’un rassemblement social, puis classer les sensations perçues. Ils répondaient aussi à des questions sur des habitudes du quotidien, comme répéter mentalement une conversation ou imaginer la sensation d’un mouvement.
Dans le groupe avec aphantasie, 46 % ont déclaré avoir toujours des expériences visuelles en rêve. Environ 8 % ont dit n’en avoir jamais. Et, selon les données rapportées, personne dans le groupe de comparaison n’a déclaré faire des rêves visuels. Plus largement, les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve qu’une meilleure visualisation à l’éveil allait avec des rêves visuels plus fréquents chez les participants aphantasiques.
Pour les sons et la parole intérieure, le lien est plus net, sans être massif. Ceux qui entendent plus souvent des sons ou des conversations en rêve disent aussi y recourir davantage éveillés.
Des pistes, mais pas encore d’explication tranchée
Une hypothèse avance un problème de coordination entre les régions cérébrales impliquées dans l’imagination. Cette difficulté pourrait persister pendant le sommeil chez certains, mais changer chez d’autres. Bon, à ce stade, ce n’est qu’une piste.
L’étude n’a pas mesuré l’activité du cerveau. Elle repose sur les souvenirs et les descriptions des participants, avec une limite importante : les personnes du groupe aphantasique disaient plus souvent ne pas savoir si une sensation était apparue dans leurs rêves. Des études du sommeil, avec réveil juste après un rêve, pourraient rapprocher les chercheurs de ce qui se passe vraiment. Pour vous, l’idée utile est là : l’absence d’images à l’éveil n’empêche pas forcément une vie mentale riche pendant la nuit.