Chez 40 jeunes adultes, cinq jours d’exposition au BPA ont réduit la sensibilité à l’insuline. Un signal court terme, mais sérieux pour la santé publique.
En bref
- Le BPA a réduit la sensibilité à l’insuline
- La dose testée restait dans la norme américaine
- L’étude porte sur 40 jeunes adultes
9 %. C’est la baisse de la sensibilité à l’insuline observée après cinq jours chez des jeunes adultes exposés au BPA, dans un essai clinique randomisé en double aveugle. Vu le sujet, ce n’est pas un détail. On parle d’un composé encore très présent dans les emballages alimentaires et les résines qui tapissent l’intérieur de nombreuses canettes.
Un essai humain qui fait bouger le débat
L’équipe de California Polytechnic State University et de Rutgers University a suivi 40 adultes jeunes et en bonne santé. La moitié a reçu chaque jour un placebo, l’autre une dose orale de BPA située dans la limite de sécurité retenue par l’EPA, l’agence américaine de protection de l’environnement. Tous ont suivi le même régime alimentaire par ailleurs.
Au bout de cinq jours, la sensibilité à l’insuline dans les tissus périphériques a diminué de 9 % dans le groupe BPA, alors qu’elle a légèrement augmenté dans le groupe placebo. Les chercheurs ont aussi retrouvé davantage de BPA dans les urines des participants exposés, ce qui confirme bien l’absorption du produit.
Pourquoi ce résultat pèse plus lourd que les études précédentes
Des travaux sur l’animal et des études d’observation chez l’humain suggéraient déjà un lien entre BPA et santé métabolique. Mais un lien n’est pas une preuve de cause. Ici, le protocole expérimental rapproche un peu plus la recherche de cette question.
Ce n’est d’ailleurs pas le premier signal venu de California Polytechnic State University. En 2019, une petite étude randomisée menée chez 11 étudiants avait déjà montré des effets rapides d’une faible dose orale de BPA sur le glucose et l’insuline. Cette fois, avec davantage de participants et des mesures plus précises, les auteurs estiment apporter la première preuve expérimentale publiée chez l’humain qu’une prise orale de court terme peut altérer la sensibilité à l’insuline.
Une dose officielle fixée il y a longtemps
Le point qui dérange, c’est que la dose testée restait sous le seuil jugé acceptable par l’EPA, soit 0,05 milligramme par kilo de poids corporel et par jour. Or ce repère date de 1988. Entre-temps, les connaissances ont changé.
On sait depuis longtemps que le BPA peut mimer les œstrogènes. Puis, dans les années 1990, des chercheurs ont montré qu’il pouvait migrer des plastiques polycarbonates chauffés vers les aliments et les boissons. Depuis, des milliers d’études animales ont rapporté des effets à faibles doses, et des études de population ont associé une exposition plus élevée à des problèmes cardiovasculaires, de fertilité, de neurodéveloppement, ainsi qu’au diabète de type 2 et à la résistance à l’insuline. Association ne veut pas dire causalité, mais l’accumulation compte quand même.
Ce que l’on sait déjà, et ce qu’on ne sait pas encore
Les auteurs pensent que l’effet observé pourrait toucher le métabolisme du glucose stimulé par l’insuline dans le muscle squelettique, plutôt que le foie. L’estrogène n’expliquerait pas, à lui seul, la baisse mesurée. Mais l’étude a ses limites, nettes. Les participants étaient jeunes, d’âge universitaire, et on ignore encore comment le BPA interagit avec l’obésité, le prédiabète ou un diabète déjà installé.
Todd Hagobian, chercheur sur le diabète, a expliqué que, face à une maladie qui reste une cause majeure de décès aux États-Unis, il faut comprendre même les facteurs modestes qui peuvent y contribuer. Il a aussi jugé plausible qu’une moindre exposition, par exemple avec des contenants en verre ou en acier inoxydable et des conserves sans BPA, puisse réduire le risque.
En Europe, le BPA n’est déjà plus autorisé dans la plupart des produits alimentaires et boissons. Aux États-Unis, des parlementaires ont relancé cette année un texte visant à l’interdire dans les emballages alimentaires. Pour vous, l’enjeu est simple. Si ces résultats se confirment dans des essais plus larges, la notion même de dose « sûre » devra être revue.