Présentés à l’ESMO 2026, deux travaux suggèrent un intérêt du soutien psychique et de l’alimentation pendant le cancer. Avec des limites, quand même.
En bref
- Compassion mentale, anxiété et dépression en baisse
- Étude prometteuse, mais non randomisée
- Régime riche en plantes, piste à confirmer
Le cancer ne se joue pas seulement dans le bloc, la perfusion ou l’ordonnance. À l’ESMO 2026, deux études rappellent qu’autour du traitement, la santé mentale et l’alimentation peuvent aussi peser. Pas comme des recettes miracles, clairement, mais comme des leviers à regarder sérieusement.
Huit semaines, et un signal psychologique net
Le premier travail a évalué un programme de compassion de huit semaines, le CMT, qui associe mindfulness et exercices destinés à développer la compassion. L’étude, prospective et multicentrique, a inclus 503 participants, dont plus de 80% de patients atteints de cancer. Le reste était composé de proches.
Face à un groupe en liste d’attente et à un groupe pratiquant seulement la mindfulness, le CMT a fait mieux sur plusieurs indicateurs. Dépression, anxiété, détresse psychologique, mais aussi autocompassion et décentrement, c’est-à-dire la capacité à prendre un peu de distance avec des pensées ou des émotions difficiles. Des améliorations ont aussi été relevées sur la qualité de vie, le fonctionnement quotidien, la fatigue, la douleur et l’insomnie.
Des résultats solides, mais pas encore le dernier mot
Begoña Mellado, oncologue médicale à l’Hospital Clínic de Barcelona, chercheuse à IDIBAPS et professeure à l’Université de Barcelone, explique que la compassion renvoie à la motivation et à l’action face à la souffrance. Le programme travaille autant l’autosoins que la capacité à recevoir ou offrir du soutien.
Point important, les écarts restaient favorables au CMT même après correction statistique pour comparaisons multiples. Mais l’étude n’était pas randomisée. En gros, le signal est intéressant, pas la preuve finale. Les chercheurs demandent donc une confirmation par des essais cliniques randomisés.
Une place possible dans les soins, à certaines conditions
L’adhésion, elle, tient la route. 75,8% des participants ont mené le programme jusqu’au bout. Et 90,2% n’ont signalé aucun préjudice perçu. Aucun abandon n’a été attribué à un malaise émotionnel provoqué par l’intervention.
Pour Begoña Mellado, ce type de programme pourrait entrer dans les soins oncologiques habituels, à condition d’être encadré par des professionnels formés, avec une évaluation préalable, un suivi, et une coordination avec les équipes de psycho-oncologie. Surtout, ces approches ne remplacent pas une prise en charge psychologique ou psychiatrique spécialisée quand elle est nécessaire.
Côté alimentation, la piste des 30 plantes par semaine
Autre étude présentée au congrès, FORX s’est penchée sur la toxicité de l’immunothérapie. L’idée: viser au moins 30 types différents de plantes par semaine, fruits, légumes, légumineuses, graines et noix, durant les 12 premières semaines de traitement, pour modifier le microbiome intestinal.
Chez 54 patients évaluables, l’apport moyen en fibres est passé de 20,2 à 28,8 grammes par jour. Parmi les patients dont les carnets alimentaires ont pu être analysés, 75% ont dépassé 25 grammes quotidiens pendant la période de traitement actif. À six semaines, des changements du microbiome ont aussi été observés.
Mais là aussi, prudence. 53,7% des patients ont eu un effet indésirable immunitaire, le plus souvent léger. Deux événements de grade 3 ont été recensés, aucun de grade 4. Marthe Verhaert, de l’Université libre de Bruxelles et de l’Hôpital universitaire de Bruxelles, juge l’approche faisable. Reste à savoir si elle réduit vraiment la toxicité. C’est la question qui compte pour les patients.