Hypnose et anxiété, ce que montrent vraiment les études récentes

Séance d’hypnose en cabinet médical
Image d'illustration. L’hypnose revient dans le débat médical. — ADN

Longtemps entourée de mythes, l’hypnose revient dans le débat médical. Des travaux cités par des chercheurs montrent des effets réels, mais pas chez tout le monde.

En bref

  • L’hypnose a des effets cliniques documentés
  • La douleur est le domaine le mieux étayé
  • Son efficacité dépend beaucoup des individus

L’hypnose traîne une réputation de spectacle. Les données accumulées depuis plusieurs décennies racontent pourtant autre chose, plus sobre et plus utile pour le soin. Sur la douleur, l’anxiété ou l’insomnie, plusieurs travaux décrivent des bénéfices comparables à ceux de traitements classiques, sans les effets indésirables d’un médicament.

Derrière le folklore, une technique de focalisation

Si l’hypnose met mal à l’aise, ce n’est pas un hasard. Son histoire a été brouillée très tôt par Franz Mesmer, médecin du XVIIIe siècle, qui attribuait les maladies à un fluide magnétique bloqué dans le corps. En France, une commission royale avait fini par montrer que les effets observés pouvaient apparaître par simple suggestion, même les yeux bandés. Résultat, Mesmer a gardé l’image du charlatan.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Au XIXe siècle, le médecin écossais James Braid a repris le sujet avec une approche beaucoup plus expérimentale. Pour lui, l’hypnose relevait surtout d’une attention intensément concentrée sur une idée ou un objet. David Spiegel, psychiatre à l’Université Stanford, défend aujourd’hui cette lecture moderne. Il explique que lorsqu’il hypnotise quelqu’un, il lui montre surtout comment utiliser une capacité qui existe déjà.

Là où les données sont les plus solides

C’est sur la douleur que le dossier paraît le plus robuste. En 2000, David Spiegel et ses collègues ont étudié 241 patients opérés par chirurgie mini-invasive. Un groupe recevait la prise en charge habituelle de l’hôpital, un autre bénéficiait d’une attention supplémentaire avec un soignant, et le troisième suivait une induction hypnotique guidée. C’est ce dernier qui a obtenu les meilleurs résultats, avec moins de douleur et moins d’anxiété.

Depuis, l’effet antalgique a été retrouvé à plusieurs reprises, y compris dans des situations de douleur chronique. Devin Terhune, neuroscientifique au King’s College de Londres, parle d’éléments cohérents et nets en faveur d’une réduction de la douleur. Des études évoquent aussi une baisse des doses de médicaments chez certains patients déjà traités, un point loin d’être anodin dans le contexte des opioïdes.

Et ce n’est pas tout. Des travaux rapportent aussi un soulagement du stress, de l’anxiété, parfois de l’insomnie, ainsi qu’une réduction des nausées et vomissements pendant certains traitements contre le cancer. Pour l’arrêt du tabac ou la perte de poids, en revanche, la base scientifique est plus mince.

Une efficacité réelle, mais pas universelle

Le vrai point de vigilance, c’est la suggestibilité hypnotique. Elle se mesure pendant l’induction, par exemple selon la manière dont une personne répond à une consigne simple sur la lourdeur d’un bras. Et l’écart est concret. Dans le soulagement de la douleur, les personnes très réceptives peuvent atteindre une baisse de 42 %, contre 29 % chez les profils intermédiaires, et presque rien chez les faibles répondeurs.

Ces derniers restent minoritaires, autour d’une personne sur six. Pour Devin Terhune, l’hypnose n’est donc pas un remède à tout. David Spiegel se montre plus offensif. Avec Jessie Kittle, il a même écrit dans l’American Journal of Medicine que si l’hypnose était un médicament, elle ferait partie des soins standards. Ce que ça change pour vous ? Surtout une idée simple, l’hypnose mérite mieux que ses clichés, mais elle ne promet pas la même chose à tout le monde.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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