Chez la souris, jeûne intermittent et restriction calorique améliorent le foie et retardent des tumeurs. L’enjeu, maintenant, est de comprendre pourquoi.
En bref
- Chez la souris, le foie réagit favorablement
- Le but est de comprendre mTOR
- Un médicament est visé à terme
Appliquer durablement le jeûne intermittent ou une restriction calorique chez l’humain, on le sait, est compliqué. C’est justement ce qui rend les travaux menés par CRIS Contra el Cáncer et l’équipe d’Alejo Efeyan, au Centre national de recherches oncologiques (CNIO), intéressants : l’idée n’est pas seulement d’observer un effet, mais de comprendre le mécanisme pour, peut-être, en tirer un médicament.
Deux méthodes testées, un même objectif métabolique
Dans ces expériences sur la souris, les chercheurs évaluent deux approches. La première réduit de 30 % l’apport alimentaire quotidien par rapport au régime habituel. La seconde limite l’accès à la nourriture à une fenêtre de sept heures par jour.
Selon Alejo Efeyan, les deux interventions apportent déjà des effets favorables sur la santé du foie et retardent l’apparition de tumeurs dans cet organe. L’étude porte sur le cancer du foie et celui des voies biliaires.
Pourquoi le foie répond à ce type de privation
Le point clé, c’est le lien étroit entre ce cancer et l’obésité. Alejo Efeyan explique que l’excès d’apports nutritifs peut nourrir un enchaînement assez clair : accumulation de graisse dans le foie, inflammation, puis fibrose. Rompre ce cercle vicieux a donc, logiquement, des effets bénéfiques sur le plan métabolique.
Bon, cela ne veut pas dire qu’on a ici une solution prête pour les patients. On parle de modèles animaux, pas d’une preuve clinique chez l’humain.
mTOR, le régulateur que les chercheurs veulent décoder
Au centre du projet, il y a mTOR, une voie de signalisation cellulaire que Alejo Efeyan décrit comme une sorte de chef d’orchestre du métabolisme. C’est elle qui aide la cellule à arbitrer entre croissance, stockage des nutriments, production de graisse ou de glycogène, et, à l’inverse, recyclage de l’énergie quand les nutriments manquent.
Le travail en cours consiste à identifier, parmi toutes ces fonctions, celles qui pèsent vraiment sur le développement du cancer hépatique.
L’idée de fond : obtenir les bénéfices sans imposer la faim
L’objectif final est très concret : mettre au point un traitement capable d’imiter certains effets utiles du jeûne intermittent ou de la restriction calorique, sans obliger les patients à avoir faim. Alejo Efeyan estime qu’un tel médicament pourrait reprendre une partie des bénéfices du jeûne tout en évitant certains effets secondaires, peu nombreux mais plus difficiles à gérer chez des personnes âgées ou chez des malades atteints de cancer.
Et c’est là que le sujet devient important pour vous. Si la piste aboutit, elle contournerait une limite majeure : en laboratoire, on retire simplement la nourriture aux souris. Dans la vraie vie, chez l’humain, cette discipline est nettement plus difficile à tenir.
Un projet financé sur cinq ans, avec une portée plus large
CRIS Contra el Cáncer finance ce programme via son Prix d’excellence 2026, doté de 1,25 million d’euros sur cinq ans. Alejo Efeyan souligne aussi que ce qui sera appris sur l’hépatocyte pourrait dépasser le seul foie et éclairer, au moins en partie, d’autres maladies, notamment des cancers liés à l’obésité et à une alimentation excessive.
Il rappelle enfin que la restriction calorique est une « outil extrêmement puissant » pour favoriser un vieillissement sain et prolonger la longévité. Mais, clairement, toute la question est là : transformer un effet observé chez la souris en stratégie réaliste pour les humains.