Cancer du sein, ces anticorps armés changent déjà le traitement

Ruban rose cancer sein
Image d'illustration. Ruban rose, symbole de la lutte contre le cancer du sein — ADN

Longtemps rêvés, les anticorps liés à un médicament bousculent le traitement du cancer du sein. Leur intérêt est réel, mais pas sans limites.

En bref

  • Les ADC ciblent mieux les cellules tumorales
  • Dans le sein, HER2 et TROP2 changent la prise en charge
  • Leur potentiel est grand, leurs limites aussi

Le changement est déjà visible dans les chiffres. Avec trastuzumab deruxtecan, des patientes atteintes d’un cancer du sein dit HER2 bas ont vu le temps sans progression passer d’environ 5 à presque 10 mois, et la survie globale de 16,8 à 23,4 mois. Pas anecdotique.

Un vieux rêve devenu outil clinique

Au départ, il y a une intuition de Paul Ehrlich, au début du XXe siècle. Il imaginait une « balle magique », capable de reconnaître une cellule malade, de la frapper avec précision et d’épargner le reste. L’idée était belle, mais il manquait tout ou presque: un moyen de viser juste, et une charge assez puissante pour détruire la cellule.

La chimiothérapie, arrivée plus tard, a apporté la puissance. Les anticorps, eux, ont fourni le guidage. Les anticorps liés à un médicament, ou ADC, reposent sur ce principe: un anticorps repère une cible présente sur la cellule tumorale, puis y amène un médicament très toxique qu’on ne pourrait pas administrer seul aussi facilement. Sur le papier, c’est redoutable. En pratique, trouver une cible présente sur la tumeur et assez peu sur les cellules saines a longtemps bloqué le concept.

HER2, la cible qui a tout accéléré

Dans le cancer du sein, le déclic est venu de HER2. À la fin des années 1980 et dans les années 1990, on comprend qu’un sous-type particulièrement agressif affiche de très grandes quantités de cette protéine à sa surface.

C’est sur cette base qu’arrive en 1998 le trastuzumab, un anticorps sans médicament accroché, capable de bloquer HER2. L’efficacité est forte, puis des résistances apparaissent. D’où l’étape suivante: réutiliser cet anticorps comme véhicule d’une chimiothérapie beaucoup plus puissante. Trastuzumab emtansine, approuvé en 2013, devient ainsi le premier ADC à traiter avec succès une tumeur solide.

Et en 2019, trastuzumab deruxtecan change encore le paysage en montrant un bénéfice aussi chez des femmes ayant peu de HER2. Depuis 2022, cela a conduit à définir un nouveau groupe, celui du HER2 bas.

D’autres tumeurs du sein commencent aussi à en profiter

L’autre avancée importante concerne le triple négatif, un des cancers du sein les plus difficiles à traiter. Les chercheurs ont identifié une autre cible, TROP2, plus abondante dans ces cellules.

Avec sacituzumab govitecan, approuvé en 2020, le taux de réponse a atteint 35%, contre 5% avec la chimiothérapie habituelle. C’est le premier progrès majeur pour ce groupe depuis plus de vingt ans. La même cible sert déjà à aller plus loin, avec un autre ADC anti-TROP2 qui fait mieux que la chimiothérapie chez des femmes ayant des récepteurs hormonaux positifs.

Une plateforme prometteuse, pas une solution parfaite

Bon, il faut garder la tête froide. Ces traitements sont plus ciblés que la chimiothérapie classique, mais leur charge reste très puissante. Et les tumeurs apprennent parfois à contourner l’attaque, en masquant la cible ou en neutralisant le médicament.

Le champ avance vite quand même. Plus de 300 ADC sont en développement, avec des anticorps capables de viser deux cibles, ou d’emporter deux médicaments différents. L’intelligence artificielle et l’analyse rapide de milliers de molécules aident aussi à dénicher de nouvelles cibles. Pour les patientes, ce que cela change est simple: on n’est plus face à une piste théorique, mais à une famille de traitements qui commence déjà à redessiner le soin. CRIS contre le cancer soutient d’ailleurs plusieurs recherches sur ces ADC.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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