Cancer : une prise de sang ouvre une piste pour l’immunothérapie

Test sang laboratoire
Image d'illustration. Test sang laboratoire — ADN

Une équipe du Vhio montre qu’une biopsie liquide peut repérer des cibles tumorales dans le sang. Une avancée prometteuse, mais pas encore universelle.

En bref

  • Une prise de sang repère des néoantigènes tumoraux
  • Résultats comparés à l’analyse classique des tissus
  • La méthode ne marche pas chez tous

Entre 63,25% et 97,4%. C’est la part des néoantigènes retrouvés dans le sang par rapport à l’analyse standard de la tumeur, chez six patients inclus dans une étude menée par l’Vall d’Hebron Instituto de Oncología, le Vhio. Pour une approche encore expérimentale, le signal est net.

Publié dans Cancer Discovery, ce travail part d’une idée simple sur le papier: si les cellules cancéreuses relâchent de l’ADN tumoral circulant dans le sang, on peut peut-être y lire une partie des mutations du cancer, et donc les néoantigènes associés. Ces protéines particulières intéressent de près les chercheurs, parce qu’elles peuvent servir de cibles à une immunothérapie personnalisée.

Des cibles du cancer repérées sans passer par la tumeur

L’équipe ne s’est pas contentée d’examiner l’ADN circulant. Elle a aussi analysé les cellules immunitaires présentes dans les prélèvements sanguins pour repérer celles capables de reconnaître et d’attaquer ces néoantigènes tumoraux.

Dit autrement, la biopsie liquide n’a pas seulement servi à repérer des mutations. Elle a aussi permis d’identifier, dans le sang, les éléments du système immunitaire susceptibles de réagir contre elles. C’est ce croisement qui rend l’étude intéressante.

Des résultats solides, mais sur un très petit groupe

Les chercheurs ont isolé puis séquencé l’ADNct chez six patients atteints de cancers métastatiques, avec des profils variés: mélanome, cancer colorectal, cancer du sein, ou encore cancer de la tête et du cou. Ensuite, ils ont comparé ces résultats à ceux obtenus par l’analyse conventionnelle du tissu tumoral.

Dans les six cas, la prise de sang a retrouvé une large part des néoantigènes déjà vus dans la tumeur. Ce n’est pas anodin. Mais il faut garder la bonne échelle en tête: on parle ici d’un effectif très réduit, ce qui interdit de tirer des conclusions trop larges.

Pourquoi cette méthode intéresse, et où elle bloque encore

L’autre point marquant, c’est que l’analyse sanguine a aussi mis au jour de nombreux néoantigènes absents de l’analyse standard des tissus. Pour des patients avec une maladie métastatique, cela pourrait offrir une image plus représentative de la diversité réelle du cancer.

Mais la méthode a ses limites. Chez deux autres patients, l’un avec un cancer du sein et l’autre avec un cancer de la tête et du cou, les chercheurs n’ont pas pu isoler d’ADN tumoral circulant. Leur explication est très concrète: certains cancers relâchent trop peu d’ADN dans le sang.

Résultat ? La biopsie liquide apparaît comme une piste sérieuse pour mieux cibler certaines immunothérapies, pas comme un remplacement immédiat de l’analyse de la tumeur. Pour vous, ce que ça change est assez clair: la prise de sang pourrait, à terme, aider à affiner des traitements sur mesure, mais elle n’est pas encore utilisable dans tous les cancers ni chez tous les patients.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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