Une équipe a repéré chez la souris des neurones du côlon liés au transit et à l’inconfort. Une piste sérieuse, mais encore très préliminaire.
En bref
- Des neurones du côlon ont été isolés chez la souris
- Ils semblent liés au transit et à l’inconfort
- Résultats encore non relus par des pairs
Une même famille de neurones pourrait aider à faire avancer le contenu du côlon tout en participant aux sensations venues de l’intestin. C’est l’idée qui ressort d’un travail mené chez la souris, avec une nuance importante, l’étude est disponible sur bioRxiv et n’a pas encore passé l’étape de la relecture par les pairs.
La piste est intéressante, parce que constipation et douleurs abdominales vont souvent ensemble. Mais on ne sait pas encore comment le système nerveux coordonne précisément le transit et ce que l’organisme ressent à l’intérieur du tube digestif.
Une cible précise dans le « deuxième cerveau » intestinal
Le tube digestif possède son propre réseau nerveux, le système nerveux entérique, souvent surnommé le deuxième cerveau. Il règle une partie de la digestion et orchestre les contractions musculaires qui font progresser le contenu intestinal.
Chez la souris, une étude publiée en 2025 dans Nature avait déjà montré que différents nutriments activent des groupes distincts de neurones entériques. Ici, les chercheurs ont cherché un marqueur permettant de distinguer certains neurones sensoriels du côlon de ceux qui relient l’intestin au cerveau ou à la moelle épinière. Leur analyse les a conduits vers Pdyn, le gène de la prodynorphine.
Grâce à des souris génétiquement modifiées, ils ont suivi ces cellules. Elles étaient surtout concentrées dans le système nerveux propre au côlon, et certaines faisaient partie du réseau qui contrôle les mouvements intestinaux.
Ce que les expériences ont vraiment montré
Leur comportement électrique n’est pas banal. Une fois stimulés, ces neurones émettent une ou deux décharges rapides, puis se taisent même si la stimulation continue.
Ensuite, l’équipe les a activés avec de la lumière. Dans des côlons retirés du corps, les boulettes fécales avançaient davantage vers l’avant. Pour Daniel Verbaro, pédiatre et médecin-chercheur à la Washington University School of Medicine in St. Louis, ces expériences ex vivo apportent l’indice le plus solide. Le point clé, c’est que le côlon isolé ne reçoit plus de signaux du cerveau, de la moelle épinière ni des nerfs externes.
En revanche, chez des souris vivantes, la même stimulation n’a pas changé la quantité de selles produites. Daniel Verbaro estime que la motricité digestive dépend probablement à la fois des signaux externes et de ceux du système nerveux entérique.
Douleur, inflammation, prudence
Chez l’animal vivant, un autre effet est apparu. Les souris se figeaient et resserraient la zone autour des yeux, des comportements associés à la douleur ou à l’inconfort. Cela ne prouve pas que ces neurones causent directement la douleur, ni ce que les animaux ressentaient exactement. Daniel Verbaro dit d’ailleurs qu’ils n’ont pas encore démonté le lien précis entre ces fonctions.
Les chercheurs ont aussi observé que ces neurones portent des caractéristiques compatibles avec une détection de signaux inflammatoires. Daniel Verbaro explique qu’ils expriment, chez des souris saines, des sous-unités de récepteurs aux cytokines, ce qui les amène à penser qu’ils pourraient répondre directement à l’inflammation. Là aussi, l’expérience ne l’a pas encore démontré.
Des neurones entériques similaires existent dans l’intestin humain. Mais leur rôle sur la douleur et le transit chez l’humain reste inconnu. Ce travail pourrait éclairer un jour la constipation chronique ou le syndrome de l’intestin irritable. Pas plus, pour l’instant.