Cette cellule synthétique franchit un cap vers une vie fabriquée

Vue rapprochée d'un technicien analysant méticuleusement des échantillons sous un microscope dans un environnement clinique.
Image d'illustration. Vue détaillée d un technicien en laboratoire — ADN

Bâtie à partir de composants non vivants, cette cellule artificielle grandit et se divise. Un jalon technique, avec des enjeux médicaux et scientifiques.

En bref

  • Une cellule synthétique grandit, réplique son ADN et se divise
  • Elle est assemblée sans matériau vivant
  • Le résultat intéresse médecine et recherche fondamentale

Faire tenir croissance, réplication et division dans une même cellule artificielle, c’était précisément le morceau le plus dur. Des équipes de l’Université du Minnesota affirment y être arrivées avec SpudCell, un objet minuscule, plus petit que la pointe d’une aiguille, visible seulement au microscope à fluorescence.

Un cycle cellulaire complet, et c’est là le vrai cap

Jusqu’ici, les cellules synthétiques savaient surtout faire des tâches séparées. SpudCell, elle, réunit plusieurs comportements clés du vivant dans un seul système. Elle peut grandir, copier son génome, se partager en cellules filles et même montrer une forme de compétition entre variantes.

Pour Kate Adamala, cela revient à avoir reproduit en chimie un ensemble de comportements qui relevaient jusque-là de la biologie. Elle ajoute, dans des propos rapportés, que les fonctions les plus fondamentales de la vie, comme la croissance et la réplication, n’ont pas besoin d’une « étincelle magique mystérieuse ». Dit autrement, le résultat ne crée pas la vie au sens plein. Mais il rapproche nettement les pièces du puzzle.

Une cellule montée pièce par pièce

Le point technique compte beaucoup. Au lieu de partir d’une cellule vivante puis d’en retirer des éléments, les équipes de Kate Adamala et Aaron Engelhart ont choisi l’approche inverse, dite bottom-up. Elles ont assemblé de zéro des composants non vivants pour obtenir un comportement de type cellulaire.

Le montage repose sur 36 protéines fabriquées en laboratoire, chargées des processus chimiques, et sur un génome synthétique d’environ 90 000 lettres d’ADN. Le tout est enfermé dans une membrane grasse proche de celles des cellules vivantes. Son allure de pomme de terre a inspiré le nom SpudCell, avec au passage un clin d’œil à Sputnik. Bref, le nom est léger, la prouesse beaucoup moins.

Pourquoi les biologistes y voient plus qu’une curiosité

Pour John Glass, du J Craig Venter Institute en Californie, qui n’a pas participé au projet, cette avancée ouvre enfin une voie d’ingénierie crédible en bio-ingénierie. Et c’est là que le sujet sort du labo.

Tara Deans, de Georgia Tech et de l’Université Emory, cite plusieurs usages possibles à long terme. Des systèmes de type cellulaire pourraient servir à la médecine, à la fabrication de composés, à la détection de toxines ou d’agents pathogènes, mais aussi à la biosécurité et à la surveillance de l’environnement. L’idée, quand même, serait d’obtenir des outils biologiques plus contrôlables et plus sûrs qu’un organisme pleinement vivant.

L’arrière-plan vertigineux, l’origine de la vie

Il y a aussi une ambition plus simple à formuler, et plus vaste. Comprendre comment la vie fonctionne. Une cellule vivante contient des milliers de molécules qui interagissent dans tous les sens, ce qui rend difficile l’identification de ce qui est vraiment essentiel. Avec un système simplifié construit de zéro, les chercheurs peuvent tester une membrane, l’information génétique, l’usage de l’énergie ou la coordination entre croissance et division, une question après l’autre.

Yuval Elani, de l’Imperial College London, rappelle que, d’après ce que l’on sait, la vie n’est apparue qu’une seule fois en 4,5 milliards d’années d’histoire terrestre. Il juge l’idée de recréer délibérément cette transition comme l’une des perspectives les plus profondes de la science moderne, tout en prévenant qu’on n’y est pas encore. Ce que ça change pour vous, aujourd’hui, est plus modeste, mais bien réel: la biologie synthétique vient de gagner un repère solide.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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