Chez les ados, les gestes suicidaires inquiètent de plus en plus

Jeune homme solitaire dans une chambre obscure avec une lueur bleue de téléphone
Image d'illustration. Adolescent seul dans sa chambre — ADN

Les urgences pédiatriques voient davantage d’intoxications volontaires chez les jeunes, surtout après 11 ans. Derrière, un mal-être qui s’installe.

En bref

  • Les urgences voient plus d’intoxications volontaires chez les ados.
  • Le signal devient plus net après 11 ans.
  • Repérer tôt le mal-être peut changer la suite.

À 11 ans, le signal devient nettement plus visible. Dans les services d’urgences pédiatriques, les soignants observent davantage d’intoxications volontaires avec intention suicidaire chez les enfants et les adolescents. Et ce n’est pas un phénomène isolé.

À partir de 11 ans, un basculement très visible

Santiago Mintegui, pédiatre aux urgences de l’Hôpital universitaire de Cruces à Bilbao et coordinateur de l’observatoire toxicologique de la Société espagnole des urgences pédiatriques, dit voir cette hausse surtout depuis une dizaine d’années. Le constat, précise-t-il, se retrouve ailleurs dans le monde, sur fond d’augmentation des troubles psychiatriques chez les mineurs.

Même observation du côté de Pedro Javier Rodríguez Hernández, président de la Société de psychiatrie infantile de l’Association espagnole de pédiatrie. Dans beaucoup d’hôpitaux, explique-t-il, davantage de jeunes arrivent après avoir avalé des médicaments ou d’autres substances pour se faire du mal.

Pression, anxiété, réseaux sociaux, un cumul plutôt qu’une cause unique

Il n’y a pas une cause, mais un empilement. La pression scolaire, le sport, les attentes familiales, l’idée qu’il faudrait tout réussir sans erreur. Résultat, de l’anxiété et du stress, parfois difficiles à contenir.

Les réseaux sociaux comptent aussi. Pedro Javier Rodríguez Hernández rappelle qu’ils peuvent être utiles pour le lien social, le divertissement ou l’éducation, mais qu’ils alimentent aussi la comparaison permanente et l’impression que les autres mènent des vies parfaites. Il ajoute un point plus concret, et assez rude, l’accès facile à des informations sur les substances toxiques et sur leurs effets.

S’ajoutent encore la dépression, certains troubles du comportement, les séquelles psychiques de la pandémie de Covid-19, mais aussi des contextes familiaux où les émotions sont minimisées ou critiquées, avec des conflits répétés.

Ce que les pédopsychiatres voient le plus souvent

En consultation, le trouble le plus fréquent reste l’anxiété, avec peurs intenses, nervosité, difficultés de sommeil, maux de tête ou refus d’aller à l’école. La dépression existe aussi chez les plus jeunes, mais elle ne prend pas toujours la forme d’une tristesse visible. On peut voir de l’irritabilité, de l’isolement, une perte d’intérêt, un sentiment de vide, peu d’espoir.

Les pédopsychiatres suivent aussi des troubles du neurodéveloppement, comme le TDAH ou le TSA, ainsi que des troubles du comportement. Mais, selon Pedro Javier Rodríguez Hernández, ce qui progresse le plus vite aujourd’hui, ce sont l’anxiété, les automutilations et les conduites suicidaires.

Les signes à repérer tôt, sans dramatiser chaque changement

Le plus délicat, c’est que la souffrance psychique n’est pas toujours spectaculaire. Les spécialistes recommandent de surveiller des changements qui durent, pas un mauvais passage de quelques jours, dans le sommeil, les résultats scolaires, l’alimentation ou le comportement quotidien.

Bon, tout écart n’annonce pas un trouble. Ce qui inquiète, c’est l’installation dans le temps. Et c’est là que l’aide rapide compte vraiment.

Pourquoi l’accès rapide à l’aide change beaucoup de choses

Pour Pedro Javier Rodríguez Hernández, beaucoup d’enfants et d’adolescents vont nettement mieux quand ils reçoivent du soutien assez tôt. Écouter, reconnaître ce qu’ils ressentent et faciliter l’accès à une aide professionnelle restent, selon lui, les leviers les plus utiles.

Cela dépasse le cabinet médical. Les liens familiaux, des habitudes de vie saines, une utilisation plus critique des réseaux sociaux, l’accès au sport et aux loisirs comptent aussi. Et puis il y a le collectif, quand même, réduire la pauvreté, la violence, le harcèlement scolaire ou l’exclusion sociale, tout en renforçant l’accès aux soins de santé mentale pour les jeunes.

Germain Montor

Spécialiste Santé

Rédacteur web spécialisé dans l’univers de la santé et du bien-être

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