Une étude menée en Colombie lie la fragilité sociale à un risque de décès accru chez les plus de 60 ans, même après prise en compte de l’âge et des maladies.
En bref
- 18 % de risque de décès en plus
- 3.213 seniors suivis jusqu’en 2022
- Le lien persiste après plusieurs ajustements
18 % de risque de décès en plus. C’est le résultat qui ressort d’une recherche internationale menée en Colombie, avec la participation de l’Instituto de Salud Carlos III. Et il ne parle pas d’abord de diabète, d’hypertension ou d’un autre diagnostic classique, mais de fragilité sociale.
Un sur-risque qui ne s’explique pas seulement par la maladie
L’étude a porté sur 3 213 personnes de plus de 60 ans vivant dans quatre départements colombiens, Antioquia, Caldas, Risaralda et Quindío, les zones les plus vieillissantes du pays. Le suivi a commencé le 1er février 2015 et s’est terminé le 31 décembre 2022.
Les personnes classées comme socialement fragiles présentaient un risque de mortalité supérieur de 18 % pendant cette période. Point important, l’association restait visible même après prise en compte de l’âge, du sexe, des maladies chroniques et du niveau socioéconomique. Autrement dit, on ne peut pas réduire ce résultat au seul état de santé de départ.
Les données sont détaillées dans deux revues, BMC Geriatrics et Annals of Geriatric Medicine and Research.
Ce que recouvre vraiment la fragilité sociale
Pour Maria João Forjaz et Carmen Rodríguez-Blázquez, du Centre national d’épidémiologie de l’ISCIII, l’idée se comprend bien avec un cas concret. Deux personnes de 70 ans, vivant dans le même quartier, avec la même hypertension et le même diabète. L’une participe à un groupe local, se sent soutenue par sa famille et estime sa santé bien prise en charge. L’autre sort peu, s’est retirée progressivement de la vie sociale, a le sentiment de n’être écoutée par personne et a renoncé à certaines activités qu’elle faisait seule.
C’est la seconde qui paraît la plus exposée. Pas uniquement parce qu’elle est malade, mais parce que sa place sociale se fragilise. Les chercheuses insistent sur un point, la fragilité sociale ne se confond ni avec la solitude seule, ni avec le manque de ressources. Elle renvoie à une détérioration progressive des rôles, des ressources disponibles et de la participation sociale, en parallèle de la fragilité physique.
L’indice utilisé dans l’étude reposait sur neuf dimensions, avec notamment la dépendance fonctionnelle, le volontariat, la participation communautaire, le soutien émotionnel perçu, la solitude ou encore la santé autoévaluée.
Pourquoi cette notion intéresse bien au-delà de la Colombie
Les auteurs estiment que ces résultats dépassent le cas colombien, compte tenu du vieillissement de la population mondiale et de la fragilité des systèmes de protection sociale. Leur message est assez net, intégrer une évaluation routinière de la fragilité sociale permettrait d’aller au-delà du seul examen physique, de repérer plus tôt les personnes vulnérables et d’adapter les interventions.
Le travail a été dirigé par Hernán-David García-Botina, de l’École internationale de doctorat IMIENS de l’Université nationale d’enseignement à distance. Y ont aussi contribué Carmen-Lucia Curcio, de l’Université de Caldas, et Amaia Calderón-Larrañaga, de l’Institut Karolinska. La recherche a été menée dans le cadre d’un séjour prédoctoral de l’IMIENS, avec un financement de l’ISCIII et la collaboration du réseau RICAPPS et du projet ENCAGES-CM.
Pour vous, la portée est simple. Quand on parle de vieillissement en bonne santé, le lien social n’est pas un décor. Il compte aussi dans le pronostic.