En Espagne, les médecins affichent une mortalité plus faible que le reste de la population. Mais quand ils décèdent, l’âge moyen au décès est plus bas.
En bref
- Les médecins meurent moins que la population générale
- Mais leur âge moyen au décès est plus bas
- Le cancer reste la première cause de décès
Perdre moins souvent la vie ne veut pas dire perdre moins d’années de vie. C’est le point le plus frappant des données publiées par l’Organisation médicale collégiale et l’Institut national de la statistique en Espagne sur la mortalité des médecins entre 2003 et 2022.
Des décès moins fréquents, mais un coût humain différent
Le constat de départ est plutôt favorable. Sur la période étudiée, les médecins ont affiché des taux de mortalité inférieurs à ceux de la population générale. Mais la lecture se complique tout de suite.
Car les praticiens qui décèdent meurent, en moyenne, plus jeunes que les non-médecins. L’âge moyen au décès atteint 72,9 ans chez les médecins, contre 78,6 ans dans la population non médicale. Chez les femmes, l’écart est encore plus marqué, autour de 62 ans pour les médecins contre environ 81 ans pour les non-médecins. Résultat ? Les années de vie perdues sont plus nombreuses chez les médecins décédés, même si leur espérance de vie globale reste supérieure.
Ce que montrent vingt ans de données
Le travail couvre les décès survenus du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2022. Sur cette période, 27.016 médecins inscrits à l’ordre sont morts, contre 9.491.198 personnes dans la population non médicale.
Un autre chiffre dit quelque chose de la structure des groupes comparés. Les femmes représentent 13,1 % des décès chez les médecins, contre 48,7 % parmi les non-médecins. Ce n’est pas un détail, parce que la composition des populations pèse forcément sur les moyennes d’âge et sur les profils de mortalité.
Cancer et maladies cardiovasculaires en tête
Chez les médecins, le cancer arrive largement en premier. Il représente 38,7 % de l’ensemble des décès sur la période. Viennent ensuite les maladies du cœur, à 18,1 %, puis les maladies cérébrovasculaires, à 5,7 %.
À elles seules, ces trois causes concentrent plus de 60 % des morts recensées. La Covid-19, elle, se place en sixième position. Du côté des causes externes, les accidents arrivent d’abord avec 2,6 %. Le suicide figure à la dixième place, avec 400 décès, soit 1,5 % du total.
L’effet du travailleur sain, sans simplifier à l’excès
Pour Vicent Llorca-Bofí, psychiatre et chercheur à l’Hôpital Clínic de Barcelone, cette mortalité plus faible s’explique en partie par ce que la littérature appelle l’effet du travailleur sain. Il renvoie au fait que les personnes plus diplômées ont souvent un meilleur accès aux soins, surveillent davantage leurs facteurs de risque cardiovasculaire et adoptent plus souvent des habitudes de vie favorables à la santé.
Bon, ça n’efface pas le paradoxe. Les médecins vivent globalement plus longtemps, mais ceux qui meurent le font à un âge plus bas que les autres décédés. Pour vous, la vraie leçon est là, dans la nuance. Un chiffre de mortalité, pris seul, raconte seulement une partie de l’histoire.