Une équipe de Valence décrit comment de minuscules vésicules sanguines pourraient favoriser le déclin cognitif dans la cirrhose. Un résultat qui compte aussi pour les traitements.
En bref
- La cirrhose peut aussi toucher le cerveau
- Des vésicules sanguines transporteraient l’inflammation
- La rifaximine bloque cet effet dans l’étude
Entre 30% et 40% des personnes atteintes de cirrhose hépatique peuvent développer une encéphalopathie hépatique minimale. Ce n’est pas spectaculaire au départ, justement. Mais ce trouble peut grignoter l’attention, la mémoire de travail, la vitesse psychomotrice et la motricité fine.
Un trouble discret, mais loin d’être anodin
L’encéphalopathie hépatique minimale est une complication neuropsychiatrique liée à la cirrhose. Elle se manifeste par une dysfonction cérébrale légère, avec des changements parfois subtils. Subtils, oui, mais bien réels pour les patients et leurs proches.
C’est ce terrain que des chercheurs de l’Institut de recherche sanitaire Incliva, de l’Hôpital Clinique Universitaire de Valence, de l’Université de Valence et du Centre de recherche Príncipe Felipe ont exploré. Leur travail a été publié dans Journal of Neuroinflammation.
Ces vésicules qui feraient le trajet jusqu’au cerveau
Le point fort de l’étude, c’est l’identification d’un mécanisme précis. Des vésicules extracellulaires, présentes dans le sang de patients ayant une encéphalopathie hépatique minimale, pourraient transporter des signaux inflammatoires jusqu’au cerveau. À l’arrivée, cela favoriserait une neuroinflammation et un déclin cognitif.
Carmina Montoliu Félix, qui a coordonné l’étude, rappelle qu’on connaissait déjà l’existence d’une inflammation systémique et l’efficacité clinique de la rifaximine, mais pas le chemin suivi jusqu’au cerveau. Elle résume ce point ainsi: « mais pas le mécanisme par lequel l’inflammation arrivait au cerveau ».
L’expérience qui a permis de trier les effets
Les chercheurs ont isolé des vésicules extracellulaires chez plusieurs groupes, des personnes saines, des patients avec ou sans encéphalopathie hépatique minimale, traités ou non par rifaximine. Puis ils les ont administrées à des rats sains.
Résultat ? Seules les vésicules provenant de patients souffrant d’encéphalopathie hépatique minimale ont provoqué neuroinflammation et altération cognitive dans ce modèle expérimental. Les vésicules issues d’autres groupes n’ont pas montré cet effet.
Pourquoi la rifaximine intéresse les chercheurs
La rifaximine ne sort pas de nulle part. Dans cette étude, le traitement modifie le contenu de ces vésicules et leur fait perdre leur capacité à déclencher les effets observés sur le cerveau. C’est un point assez net.
Bon, cela ne veut pas dire qu’un nouveau traitement est prêt. En revanche, ces résultats ouvrent des pistes pour développer de futurs biomarqueurs et des approches ciblant directement ces vésicules. Pour les patients, l’enjeu est concret: mieux comprendre pourquoi la cirrhose ne touche pas seulement le foie, mais aussi certaines fonctions du cerveau.