Une équipe de Roumanie a testé une thérapie de groupe condensée sur deux jours contre les symptômes dépressifs. Les premiers résultats sont nets, mais fragiles.
En bref
- Une thérapie testée sur deux jours
- Effet net après une semaine
- Mais résultat incertain à trois mois
Seize heures de thérapie concentrées sur deux jours, c’est à peu près le temps de contact d’un parcours classique de TCC étalé sur 12 à 16 séances. Et c’est justement ce format intensif qu’une équipe de Roumanie a voulu tester chez des adultes présentant des symptômes dépressifs.
Deux jours, puis un effet rapide
L’essai, publié dans BMC Psychology, a inclus 61 adultes. Les chercheurs ont réparti au hasard 31 personnes dans le programme et 30 sur liste d’attente. Les séances se sont tenues à Bucarest, par groupes de cinq à sept, sur deux journées consécutives de huit heures.
Avant de commencer, les participants remplissaient des questionnaires sur les difficultés rencontrées au fil de leur vie, afin d’entrer plus vite dans le travail thérapeutique. Le thérapeute travaillait avec chaque personne devant le groupe, puis venait un temps de retour structuré et de discussion. Pas de devoirs entre les séances.
Résultat, une semaine plus tard, l’écart ajusté sur l’échelle de dépression, notée de 0 à 42, était d’environ 7,5 points en faveur de la thérapie, un effet statistique jugé important. L’anxiété a aussi reculé, et la satisfaction de vie a progressé.
Ce que l’approche ajoute à la TCC
Le programme repose sur la thérapie cognitivo-comportementale, qui relie pensées, émotions et comportements. En gros, après une rupture, une personne qui se juge sans valeur peut se replier sur elle-même, ce qui renforce la solitude.
L’originalité tient à la couche dite évolutionniste. L’approche regarde aussi les besoins de proximité, d’appartenance et de sécurité, utiles à nos ancêtres, pour relire la douleur actuelle avec moins d’auto-accusation. Mihai Dobrovolschi, psychologue clinicien et chercheur à l’Université de Bucarest, résume l’idée ainsi : « Cela remplace « qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » par « à quel problème important suis-je en train de réagir, et que puis-je faire ? » »
Pourquoi il faut rester prudent
Mais l’effet n’a pas tenu aussi clairement dans le temps. Trois mois plus tard, l’avantage estimé sur le score de dépression n’était plus que d’environ 3,1 points et n’était plus statistiquement significatif. Mihai Dobrovolschi dit lui-même qu’avec un échantillon aussi réduit, on ne peut pas affirmer avec confiance qu’un bénéfice cliniquement utile persiste.
Il y a d’autres limites. Six personnes assignées à la thérapie ne sont jamais venues, si bien que 25 l’ont réellement reçue. Sept participants de la liste d’attente ont été perdus avant l’évaluation à trois mois. Les participants étaient surtout des femmes.
Et surtout, un comparateur en liste d’attente ne permet pas de savoir si cette méthode fait mieux qu’une thérapie existante, ni de séparer l’effet des explications évolutionnistes de celui du soutien du groupe, de l’attention reçue ou des attentes. Les résultats reposent en plus sur des auto-questionnaires, sans exiger de diagnostic formel de dépression.
Ce que cette étude peut changer, concrètement
Pas de révolution, donc. Mais une piste sérieuse. Si ce bénéfice rapide est confirmé par des équipes indépendantes, avec d’autres thérapeutes, dans d’autres villes, avec des évaluations cliniques et un suivi plus long, ce format bref pourrait compter, à la fois sur le plan clinique et pratique.
C’est d’ailleurs ce que les auteurs appellent à faire. Cezar Giosan, co-auteur, a développé la méthode et son manuel, ce qui peut influencer un premier essai. La prochaine étape logique, ce serait une comparaison directe avec une TCC de groupe standard. Pour vous, l’intérêt est là : savoir si un traitement très court peut vraiment soulager, et pas seulement pendant une semaine.