Des chercheurs établissent enfin une unité de référence pour mesurer la consommation de cannabis

Image d'illustration. Plants cannabisADN
Des chercheurs ont mis au point une méthode permettant de quantifier la consommation de cannabis de façon uniforme. Cette avancée vise à faciliter la comparaison des études et à améliorer le suivi des usages et des effets du cannabis.
Tl;dr
- Une unité standard de THC pourrait limiter les risques.
- Au-delà de 8 unités par semaine, danger accru.
- Mesurer la puissance du cannabis facilite la prévention.
Vers une unité standard pour le cannabis
Depuis des années, la consommation de cannabis suscite débats et préoccupations, notamment avec l’évolution des législations qui autorisent son usage médical ou récréatif dans de nombreux pays. Pourtant, alors qu’on parle aisément de « verres standards » pour l’alcool, aucun référentiel commun ne permet de mesurer l’exposition réelle au THC, son principal principe actif. C’est précisément cette lacune que des chercheurs de l’Université de Bath tentent aujourd’hui de combler.
L’enjeu du dosage : mesurer pour prévenir
Leur récente étude s’appuie sur des données collectées auprès de 150 consommateurs londoniens, adolescents comme adultes, sur douze mois dans le cadre du projet CannTeen. Les chercheurs y estiment la puissance réelle du cannabis consommé à travers une nouvelle échelle : les unités standards de THC. « Cannabis potency (pourcentage de tétrahydrocannabinol (THC)) has been increasing for several decades and use of high potency cannabis is associated with an increased risk of negative outcomes, including CUD and adverse mental health », rappellent-ils dans leur publication.
À titre d’exemple, un simple joint d’herbe puissante (0,45 gramme) peut contenir jusqu’à 12,78 unités standard contre seulement 3,78 pour une variété plus faible. Cette mesure affine donc considérablement l’évaluation des risques encourus.
Risques et recommandations : la barre des 8 unités
En dépassant les 8 unités hebdomadaires – le seuil retenu par l’étude –, le risque de développer un trouble d’usage du cannabis (« CUD ») grimpe nettement. Selon leurs observations, près de 70 % des adultes ayant franchi ce cap présentaient effectivement ce type de trouble. La fréquence et la quantité ne suffisent donc plus à elles seules à prédire le danger ; c’est bien la teneur en THC qui fait toute la différence.
Face à cette réalité, Rachel Lees Thorne, autrice principale et psychologue à l’Université de Bath, insiste sur la vocation première du projet : « The ultimate goal of our new guidelines is to reduce harm. » Si l’abstinence reste l’option la plus sûre, elle estime toutefois crucial d’offrir aux usagers des repères pour mieux contrôler leur consommation.
Pistes et limites d’une approche scientifique
Le recours à une mesure universelle est salué par plusieurs spécialistes en santé publique. Il faciliterait aussi bien la recherche que la prévention auprès du grand public ou des professionnels. Toutefois, comme le rappelle Marta Di Forti (Kings College London), il faut garder en tête que le cannabis comporte bien plus que du THC : « Cannabis, unlike alcohol, does not contain only one active ingredient but over 144 cannabinoids. » Malgré tout, elle concède que ces nouvelles unités constituent « a very important and much-needed start ».
L’arrivée d’un standard pour quantifier le THC offre enfin aux usagers comme aux autorités sanitaires un instrument concret pour agir face aux risques croissants liés à l’évolution du marché légal du cannabis.
