Deux études récentes relient la santé des gencives au risque d’AVC et de démence. En cause, des bactéries capables de passer dans le sang.
- Les gencives malades dépassent la seule bouche
- Des bactéries peuvent gagner la circulation sanguine
- Un traitement intensif montre un effet vasculaire
Entre 70 et 90 % des personnes auraient une gingivite, et la parodontite toucherait 45 à 55 % de la population mondiale. Vu comme ça, les gencives qui saignent ne ressemblent plus à un petit souci de salle de bains.
Un problème banal, mais pas anodin
Quand l’hygiène buccale se relâche, certaines bactéries prolifèrent. Les gencives deviennent rouges, gonflées, inflammatoires. La gingivite reste réversible, ce qui compte quand même, mais elle ne se limite pas à une irritation passagère.
Iain Chapple, de l’University of Birmingham, explique qu’en cas de forme légère apparaissent des ulcères microscopiques, pour une surface totale d’environ 5 cm². Si le problème s’installe, les bactéries qui se nourrissent du fer du sang profitent du saignement, l’inflammation grimpe et un cercle vicieux se met en place. Résultat ? Une évolution possible vers la parodontite, avec un espace entre dent et gencive qui peut dépasser 7 mm, voire atteindre l’os dans les cas avancés.
Ce qui se joue vraiment dans la bouche
La bouche héberge un microbiome oral, autrement dit une communauté de micro-organismes sur les dents, la langue et les gencives. D’après Zoe Brookes, responsable clinique du groupe de recherche sur le microbiome oral à l’University of Plymouth, on y trouve environ 700 espèces.
Certaines sont utiles, d’autres beaucoup moins. Le brossage deux fois par jour et le fil dentaire aident à garder cet équilibre. Mais si cet équilibre casse, Porphyromonas gingivalis peut prendre l’avantage. Un article de Frontiers in Microbiology indique que cette bactérie est retrouvée dans 85 % des prélèvements de plaque chez les personnes ayant une parodontite avancée. Zoe Brookes la décrit comme très fragile hors de son milieu idéal, en traduisant l’idée ainsi : « En laboratoire, si vous changez même légèrement ses conditions, elle meurt ».
Pourquoi le cerveau et le cœur sont concernés
C’est là que le sujet devient plus large. Une étude parue fin 2025 dans Neurology Open Access a observé chez les personnes atteintes de maladie des gencives un risque d’AVC supérieur de 44 % à celui des personnes ayant une bouche saine.
Au début de 2026, un autre travail a associé l’usage régulier du fil dentaire à un risque plus faible de démence, avec un cas en moins pour 14 personnes utilisant du fil dentaire plus d’une fois par semaine. Association, pas preuve directe de causalité, mais le signal existe. L’explication avancée tient au passage de bactéries buccales dans le sang, avec inflammation des vaisseaux, des organes, des tissus ou des articulations.
Le signal encourageant venu d’un essai clinique
Ces bactéries sont aussi de plus en plus liées à l’athérosclérose cardiovasculaire. Selon un essai publié en août 2025 dans l’European Heart Journal, un traitement intensif de la parodontite peut ralentir l’épaississement de la carotide, une grande artère qui alimente le cerveau, le visage et le cou.
John Deanfield, investigateur principal de l’essai, y voit « l’une des preuves les plus solides à ce jour que la santé buccale et la santé cardiovasculaire sont interconnectées ». Pour vous, l’idée pratique est simple : un saignement répété des gencives ne relève pas seulement du confort, il peut signaler un enjeu de santé plus large.