Une étude sur cellules humaines montre que plusieurs microplastiques traversent un modèle de placenta et modifient certaines hormones. Pas de preuve directe de danger, mais un signal à suivre.
En bref
- Des plastiques traversent un modèle de placenta humain
- Certaines hormones changent après exposition
- Aucune preuve directe de risque chez la femme enceinte
Pendant 72 heures, plusieurs particules de plastique ont franchi un modèle humain de placenta en laboratoire. Et ce n’est pas le détail le plus frappant : l’exposition a aussi modifié la production de certaines hormones stéroïdiennes, essentielles pendant la grossesse.
Pourquoi ce résultat compte pendant la grossesse
On sait déjà que les microplastiques et nanoplastiques ne restent pas dehors. Des travaux antérieurs en ont retrouvé dans le sang humain, les placentas, le liquide amniotique et le méconium, c’est-à-dire les premières selles du nouveau-né. Dans une étude portant sur 30 placentas humains, il y en avait dans les 30.
Ce constat inquiète, parce que le développement fœtal repose sur un enchaînement très fin de signaux biologiques. Toute perturbation potentielle mérite donc d’être regardée de près. Mais il faut garder la tête froide : la présence de plastique autour du fœtus ne prouve pas, à elle seule, un effet nocif sur le développement humain.
Un modèle humain pour éviter le piège des comparaisons animales
Des études chez la souris avaient déjà mis la puce à l’oreille. L’une suggérait que des fragments inhalés par la mère pouvaient se retrouver dans les organes des petits jusqu’à deux semaines après la naissance, sans exclure d’autres voies d’exposition. Une autre avançait un potentiel effet sur le développement cérébral fœtal.
Mais les équipes de Vrije Universiteit Amsterdam, menées par Jeske van Boxel, rappellent que la grossesse chez la souris et chez l’humain ne fonctionne pas de la même façon. Du coup, elles ont conçu un modèle plus proche du placenta humain, avec trois couches de cellules vivantes : des cellules BeWo b30, des HUVEC issues d’une veine de cordon ombilical, et des cellules H295R provenant d’une glande surrénale humaine. Les deux premières couches simulent la barrière placentaire, la troisième l’organe fœtal producteur d’hormones.
Ce que les chercheurs ont observé, précisément
Résultat ? La plupart des polymères testés ont traversé toutes les couches. Un seul sort du lot : le polyamide, non détecté de façon mesurable de l’autre côté de la membrane.
La microscopie en fluorescence a montré davantage de particules coincées dans les deux premières couches cellulaires, mais pas dans les cellules H295R. Avant toute exposition, le modèle produisait déjà 19 hormones stéroïdiennes différentes, avec des voies biologiques proches de celles observées pendant la grossesse humaine.
Après ajout des plastiques, les chercheurs ont vu des changements. Plusieurs types de plastique ont fait baisser l’étiocholanolone. Le polystyrène, lui, a modifié les niveaux d’œstrogènes.
Ce que l’étude dit, et ce qu’elle ne dit pas
Jeske van Boxel résume l’enjeu ainsi : « Notre étude montre que plusieurs types de microplastiques et de nanoplastiques peuvent traverser un modèle de placenta humain et influencer la production d’hormones ». Mais elle ajoute aussitôt que cela ne signifie pas directement qu’ils causent des dommages pendant la grossesse.
C’est la bonne lecture. Cette étude, publiée dans Molecular and Cellular Endocrinology, n’établit pas une causalité clinique chez la femme enceinte. Elle montre un signal biologique crédible, assez solide pour justifier de nouvelles recherches sur les mécanismes en jeu, et sur ce que cela pourrait changer, ou non, pour le développement du fœtus.